Que devient une langue quand la guerre s’abat sur son territoire? Comment font les familles quand ce que vous parlez vous rattache d’emblée à un camp ou l’autre? «Le Temps» examine comment la langue, objet intime, est devenue un objet politique. Ou, parfois, la clé d'un apaisement.

Notre dossier: Langues en déchirure

«Le russe est ma langue maternelle et désormais celle de mon agresseur. J’évite de le parler en public.» Le désarroi de Nataliya, retraitée originaire d’Odessa et réfugiée à Genève, traduit l’ampleur de la fracture qui s’est produite le 24 février dernier lorsque la Russie a attaqué l’Ukraine. Dans un pays majoritairement bilingue, le choix du russe ou de l’ukrainien, déjà hautement politique depuis l’annexion de la Crimée, s’est transformé en une véritable lutte de pouvoir, allant jusqu’à parasiter des enjeux autrement plus cruciaux, parmi lesquels l’indépendance de l’Ukraine.