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Société

L’anniversaire, un rituel entre tension et mutation

Qu’on le veuille ou non, la journée commémorant la naissance de tout un chacun est chargée en émotions. Chacun se débat comme il peut avec ça. Evolution expresse, des pharaons à Facebook.

«Jamais supporté les anniversaires, et c’est ma vie qui s’enfuit…» avoue Renaud dans «Mon anniv’». Comme le chanteur énervant, une partie d’entre nous rêverait d’envoyer «sa» journée directement aux oubliettes. A l’inverse, certains ont des attentes démesurées, considèrent que ce jour-là, ils sont rois. Autant dire que dans les deux cas, les déceptions sont nombreuses. Le désarroi de la copine déprimée qui préfère passer le cap des 40 balais en catimini, mais qui voit 50 potes survoltés débouler chez elle par «surpriiiiiise». Ou celle du père de famille qui espère de charmantes attentions de sa femme et de ses enfants, mais dont la journée se passe de manière aussi plate que les 364 autres de l’année.

Mieux vaut donc s’y faire: tout le monde n’a pas droit à un «happy birthday to you» chanté par Marilyn Monroe, bouche en cœur et ponctué de respirations troublantes sous une poitrine non moins troublante:

Pourquoi ce jour ne coule-t-il pas de source? Hormis les raisons éducatives et culturelles, il faut savoir que le rituel de l’anniversaire est plutôt récent, puisqu’il est principalement apparu au XIXe siècle, en Angleterre, grâce à la reine Victoria. Avant cela, selon le professeur en sociologie de l’image Gianni Haver, il faut remonter jusqu’aux pharaons et aux empereurs romains pour trouver des traces historiques de fêtes d’anniversaires. Depuis le XIXe, cette tradition aurait voyagé de l’Angleterre aux Etats-Unis, pour refaire surface en Europe après la Deuxième Guerre mondiale et (enfin!) toucher le «petit peuple».

Quelques décennies auront donc suffi pour que cette fête s’inscrive dans nos vies et devienne incontournable. Aujourd’hui, elle incarne notre société individualiste et la culture de la notion d’être unique. «Le jour d’anniversaire est censé être le jour où l’on est important, explique le psychiatre et psychothérapeute Nicolas Belleux, où l’on est enfin sous le feu des projecteurs. Cette occasion nous permet de tester notre place dans notre cercle d’amis, et l’image que ceux-ci ont de nous.» Pour lui, la journée est immanquablement connotée et génère une tension, que ce soit de manière positive ou négative, «même si certains prétendent le contraire». Nos expériences d’anniversaires vécues dans l’enfance influencent évidemment notre façon d’appréhender ce jour, et il n’est pas toujours facile d’exprimer nos attentes ou de comprendre nos blocages.

Et sur Facebook?

Les réseaux sociaux changent encore la donne. «Sur Facebook, il y a une injonction à souhaiter bon anniversaire! relève Gianni Haver. La pensée, tu l’envoies même si tu connais peu la personne.» L’acte de se souvenir, qui est un acte d’attention, disparaît, puisque le réseau s’en charge. La pirouette étant d’empoigner son smartphone et d’envoyer un SMS malgré le rappel de Facebook, pour que l’autre imagine que l’on a fait l’effort de s’en souvenir. Voilà qui est bien plus classe.

Test intéressant: effacer sa date d’anniversaire sur son profil. La blogueuse et journaliste Mélanie Blanc témoigne sur son site, «La vie en plus simple»: «Même si j’ai reçu 100 fois moins de messages que les années précédentes, c’est sûr, je ne remettrai pas ma date de naissance sur Facebook. Car si elle figurait toujours sur Facebook, ces messages qui m’ont fait tellement plaisir auraient passé plus inaperçus parmi le flot de messages sans intérêt.»

La hiérarchisation du vœu

Pour Gianni Haver, nous sommes entrés dans l’ère de la hiérarchisation du vœu. Le vœu via le réseau social qui nous alerte, c’est le minimum syndical, le «joyeux anniversaire» format discount. Ce qui, du coup, a redonné un peu de valeur au SMS. La lettre (avec un timbre!) et le coup de fil, eux, en deviennent exceptionnels. Quant aux offrandes et aux vœux sur papyrus…

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