Près de 18 millions de francs – très exactement 17,7 millions – ont été recueillis en Suisse à la suite du drame d'Iznik. Aujourd'hui, la Chaîne du bonheur a déjà affecté plus de 10 millions. Le total sera attribué, estime son directeur Félix Bollmann, d'ici à un an. Quelles garanties a-t-on que l'argent ira dans les bonnes poches et ne servira pas à alimenter la corruption et les mauvaises pratiques dénoncées par la presse turque? «Nous choisissons soigneusement nos partenaires sur place, répond Félix Bollmann. Nous vérifions les plans, nous suivons les travaux de près, nous épluchons les comptes et nous réservons à tout moment de faire un audit en cas de doute.»

Un quart environ de la somme recueillie a été dépensé en aides de premier ou de second secours – tentes, couvertures, sang et médicaments tout de suite après les tremblements de terre, tentes plus sophistiquées pour permettre aux sans-abri de passer l'hiver dans de pas trop mauvaises conditions, abris, etc. Des actions ponctuelles, menées via Caritas, l'Entraide protestante et l'Œuvre suisse d'entraide ouvrière et leur correspondant sur place, l'Anatolian Development Foundation. «Nous avons notamment financé dans un hôpital d'Istanbul un centre de traitement hyperbare où les personnes blessées aux membres ont pu recevoir des thérapies de réoxygénation. Nous estimons avoir évité ainsi 150 amputations», commente Félix Bollmann.

La phase de reconstruction, entamée en mai de cette année, présentait plus de difficultés et plus de risques de voir l'argent utilisé de façon discutable. «Les municipalités et les régions, explique Félix Bollmann, ont en général tenu à réaliser elles-mêmes les projets visant au relogement des sinistrés, sans doute pour des raisons de clientélisme électoral. Nous nous sommes donc intéressés à un autre secteur: celui des centres de formation.»

Les projets financés – des écoles communales, un centre de formation et une école professionnelle – sont entrepris en partenariat avec des collectivités publiques ou des organisations professionnelles ou syndicales. Et, assure toujours son directeur, la Chaîne veille au grain. «Nous nous sommes assurés que les terrains correspondaient aux exigences de sécurité sismique, que les normes de construction officielles étaient respectées et que les prix étaient dans la fourchette admise par les commanditaires publics. Nous veillons aussi à ce que les journaliers qui travaillent sur nos projets soient correctement payés et assurés.»

La bonne utilisation de l'argent recueilli en Suisse peut-elle être garantie à 100%? «La Turquie est un pays très hiérarchisé. Il n'y a pas de surveillance directe de la société civile, mais de nombreux contrôles administratifs. Nous nous efforçons de les utiliser au mieux. Et je peux dire que nous n'avons pas rencontré jusqu'ici, sur nos chantiers, des problèmes que nous n'aurions pas rencontrés en Suisse.»