Interrogations

Pourquoi l’art est-il si précieux?

La réponse de Lionel Bovier, directeur du Mamco, Musée d’art moderne et contemporain de Genève

Si l’art est précieux, ce n’est pas au sens de son éventuelle (et transitoire) cherté. Des descriptions de cabinets de curiosités de la Renaissance, l’on sait que c’est le sort de bien d’autres objets que ceux de l’art – instruments scientifiques, coquillages des mers du Sud ou cornes de licornes…

Si l’art est souvent présenté par le cinéma comme «précieux», au sens du ridicule qui affecte certaines des discussions qui l’entourent, ce sont en réalité ses rencontres avec les mondes du luxe ou du pouvoir que décrivent ces représentations. Enfin, ce n’est pas non plus au sens d’un envoûtement, celui même qu’un objet projette sur son propriétaire dans tant de représentations populaires, de Tolkien à Balzac ou Spielberg.

Échapper à la consommation

Si l’art est précieux, c’est plutôt de son indécision en tant qu’objet: ni utile, au sens du design, ni inutile, au sens du kitsch, ni entièrement œuvre de l’esprit, ni pleinement marchandise.

Si l’art est précieux, c’est de l’inconstance de ses modalités d’existence et de la béance que ses réalisations continuent d’ouvrir dans le système idéologique de l’industrie culturelle.

Si l’art m’est précieux, c’est que son approche, son appréhension reste non programmable, échappe à la consommation, requiert une appétence et ouvre sur une participation qui font défaut aux productions de la culture industrielle.

Si l’art m’a toujours semblé précieux, c’est qu’en puisant dans différents champs de l’activité humaine (du dessein à la fabrication, de l’écriture à l’analyse, de la philosophie à la sémiotique), il réfléchit le monde – et nous invite, pleinement, généreusement à cette réflexion.


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