Il n'a rien d'un ufologue excentrique qui voit dans chaque trace bizarre la signature d'un véhicule extraterrestre. Pourtant Michel Mayor est peut-être l'homme qui, au monde, a le plus fait surgir le rêve d'autres habitats possibles dans l'univers, là-bas, à des années-lumière de distance.

C'était il y a trois ans, le 6 octobre précisément: «Je n'ai pas une bonne mémoire des dates, mais de celle-là, je m'en souviens.» Avec son collègue Didier Queloz, il annonçait aux Terriens que le système solaire n'est pas une exception spatiale: ailleurs, il y a d'autres planètes qui tournent autour d'autres étoiles. La nouvelle, si attendue qu'elle fût, a réveillé les enthousiasmes.

Les chasseurs de planètes extrasolaires se sont remis au boulot – aujourd'hui on en connaît une douzaine, dont trois ont été découvertes par les chercheurs genevois. Quant à Michel Mayor, entre deux séances d'observation, il récolte toujours les fruits du succès: il a reçu aujourd'hui le prestigieux Prix Marcel Benoist des mains de la conseillère fédérale Ruth Dreifuss. Une première pour un astronome. En juillet dernier, il a également été appelé à diriger l'Observatoire de Genève.

Le professeur, à l'allure d'un bon père de famille, ne voit pas dans cette avalanche d'honneurs la conclusion d'une carrière bien remplie. Il n'a que 56 ans et déborde d'énergie. Il regarde devant lui, loin, très loin même, et envisage la masse de travail qu'il reste à effectuer pour comprendre le fonctionnement de ces nouveaux systèmes planétaires. «Toutes les planètes découvertes sont étranges, très différentes de celles qui gravitent autour du Soleil, dit-il. Il y a cette grosse gazeuse qui tourne en quatre jours autour de son étoile. Ou cette obèse, trois à quatre fois plus lourde que Jupiter. Il faut multiplier les observations pour établir un catalogue plus complet de la diversité des systèmes planétaires.» Avec une arrière-pensée: trouver des cousines de la Terre, qui graviteraient dans des conditions compatibles avec la présence de la vie.

Dans ce domaine toutefois, il faut savoir être patient. Pour l'instant, avec les instruments dont on dispose, une planète comparable à la Terre ne serait pas décelable: «trop petite». D'ailleurs, même les grosses, Michel Mayor ne les a pas vues. «J'ai la preuve indirecte qu'elles existent, mais pour vous montrer une photo, il faudra attendre encore au moins dix ans.» Le temps d'envoyer sur orbite le NGST (pour «New Generation Space Telescope»), le successeur du télescope spatial Hubble, actuellement en train de germer dans la tête de ses concepteurs. «Le premier cliché d'une planète extrasolaire sera un événement extraordinaire», se réjouit d'avance Michel Mayor.

Mais l'astrophysicien compte encore davantage sur le projet Darwin, un supertélescope spatial qui sera capable – s'il est construit un jour – d'analyser à distance l'atmosphère de ces planètes. Il y recherchera la présence d'ozone, la signature du vivant. Car Michel Mayor est persuadé que la vie n'est pas une exception terrestre. «Jusqu'à Copernic, l'homme, dans son orgueil, s'était placé au centre de l'Univers. Aujourd'hui, on sait que le Soleil n'est qu'une étoile parmi 200 milliards dans notre galaxie. Et qu'il existe des milliards de galaxies… Il n'y a aucune raison de penser que la vie ne s'est pas développée ailleurs, et pourquoi pas une vie intelligente.»

Modeste devant l'immensité de l'Univers, Michel Mayor l'explorateur plaide donc pour la recherche systématique de traces de vie. Sur Mars d'abord, qui aurait bien pu abriter des formes de bactéries primitives lorsque l'eau y coulait à flots. Sur Europa, un satellite de Jupiter, qui possède peut-être de l'eau sous sa croûte de glace.

Et plus loin, hors du système solaire, où il pourrait régner des conditions idéales encore aujourd'hui. «Trouver de la vie ailleurs, même primitive, même fossile, aurait une importance philosophique majeure: on passerait du miracle à la statistique.»

Michel Mayor n'est pas croyant, ce qui ne l'empêche pas de se poser des questions sur les mécanismes de l'évolution et sur la complexité de ce monde. Il sait que ses travaux sont suivis très attentivement par les penseurs religieux: «Depuis la découverte de la planète 51 Peg, ils se préparent à l'annonce d'une forme de vie extraterrestre. Toutes les religions ont mis sur pied des groupes de réflexion.»

Apparemment, ce sont les chrétiens qui auront les questions les plus passionnantes à résoudre: Dieu a-t-il envoyé son fils sur toutes les planètes dotées de vie intelligente ou a-t-il élu la Terre seule? Le rôle missionnaire des églises devra-t-il s'étendre aux populations d'autres mondes? Les théologiens ont du pain sur la planche, car Dieu merci, ils ne réfutent plus aussi brutalement les évidences qu'à l'époque de Copernic, de Galilée ou de Bruno, qui a péri sur le bûcher pour avoir soutenu l'idée d'un cosmos héliocentrique et infini.