Les athlètes en tournée d'été se sont arrêtés à Lausanne pour le meeting Athletissima qui a lieu ce soir à la Pontaise. Une vie de sportif, du stade d'entraînement à l'hôtel et de l'hôtel au stade d'entraînement, avant les projecteurs, la scène qui est une piste, la voix du speaker et les cris du public. Une vie d'acteurs dans un spectacle ambulant.

Dans le hall de l'hôtel Mövenpick à Ouchy règne une atmosphère de désœuvrement. Les sportifs en survêtements ou en habits de ville tournent en rond, ils échangent quelques phrases, apparaissent et disparaissent dans les couloirs, pendant que le photographe essaie de les capturer au passage.

Ce sont des vedettes, mais elles ne sont pas habituées aux sunlights. Ces sportifs marchent sur les tapis du hall comme si leurs pieds n'avaient pas encore appris le pas des gens à l'aise. Le contraire de leur foulée splendide à l'approche d'une barre de saut ou dans un couloir de 100 mètres.

Autant ils paraissent inaccessibles et puissants quand ils survolent la piste, et habités par le triomphe ou dépeuplés par la défaite après la ligne d'arrivée, autant, ici, ils sont proches, faciles d'accès, prêts à parler, disponibles – sauf évidemment quelques abonnés des podiums, des grosses primes et des poses insolentes.

Un entraîneur chinois qui parle anglais ordonne à une jeune athlète d'aller vers le photographe, qui prend la lumière sur son visage avec une cellule. Quand il la range et s'éloigne pour faire le cliché, elle fait mine de partir elle aussi, comme si elle pensait que c'est fini. Elle est légèrement mal à l'aise, coincée, mais flattée.

Le temps est dilaté, ralenti, sans objet, contrairement à celui qui scande l'entraînement, l'effort et la récupération. Il semble sans but, sinon l'attente, alors qu'il est si plein à l'approche de la compétition, dans la chambre d'appel ou sur la ligne de départ.

Ce sont des gens qui flottent ainsi dans ce presque rien qui s'éternise entre les courses.