Ce n’était pas un visage. C’était une porte blindée. Une belle porte blindée, et intelligente, ça oui, respect. Pendant quatre ans, Laurence Ferrari a parlé, énoncé des informations, posé des questions. Tout cela sans que son visage, lui, n’ait jamais rien dit, avoué, confessé. Même l’autre soir, au moment de boucler son dernier JT sur TF1, ce visage en forme de masque aura réussi à ravaler très vite son émotion. Contrôle de soi, barrage. Blindage (cette métaphore, Laurence Ferrari elle-même l’utilisa dans Paris Match pour décrire son caractère). Lissage, balayage, gommage – des termes de cosmétique qui conviennent à cette belle figure aussi peu typée que ces photos qui ornent les publicités pour shampoing.

Certes, Laurence Ferrari n’a pas réussi à freiner la perte d’audience du JT de TF1 déjà en baisse à l’époque de son prédécesseur, PPDA. Certes, durant la présidentielle, France 2 s’est rapprochée de la première chaîne jusqu’à la battre, parfois, avec des débats et des émissions de politique sérieuse (la bonne surprise!). Mais si Laurence Ferrari, jeune attachée de presse ayant grandi à Aix-les-Bains, a dû quitter TF1, cette semaine, n’est-ce pas plutôt à cause de son visage toujours en voie d’effacement?

D’après les sondages, le journaliste-présentateur préféré des Français, c’est Laurent Delahousse, qui officie le week-end sur France 2. Grand, blond, control-freak au point de resserrer tous les canons de ses pantalons (18,5 cm de large), Delahousse est doté d’une chevelure soyeuse, d’une rangée de dents blanches avec un ventre slim compris dans les options. Un genre de Ken, ce Delahousse, soit. Mais qui a passablement innové depuis qu’il est à l’antenne. Et qui dissimule bien moins sa peur de l’échec que Laurence Ferrari. Ce qui est un avantage.

Parce que c’est aussi à cela que servent les people et leurs figures identificatoires: à laisser entrevoir, malgré elles, leur pan d’émotivité mal contenue. A donner, ce faisant, une direction à nos émotions éparses, à endiguer nos sanglots mal dégelés, à canaliser les petits ruisseaux hasardeux de nos sentiments sans gravité.