Le Temps: Blaize Felberbaum, vous présidez le comité d’organisation du championnat du monde qui se tiendra à Lausanne l’an prochain. Dites-nous: qu’est-ce que le monde des coursiers à vélo a de si singulier?

Blaize Felberbaum: On a une notion communautaire très forte. On se soutient, on se réunit, on partage nos expériences. Je n’ai trouvé dans aucun corps de métier un côté communautaire si fort. Les coursiers font partie d’horizons parfois totalement différents. Certains pratiquent ce métier à côté de leurs études, d’autres encore par passion, alors que certains coursiers le sont par défaut ou par nécessité. Cela donne un horizon diversifié, parfois surprenant. Ce métier reflète assez bien la situation sociale du pays dans lequel il est exercé.

– Qu’est-ce qu’il y aura à voir à Lausanne, l’an prochain?

– Cela fait bientôt une année que nous organisons ces championnats du monde qui se tiendront sur six jours, à cheval entre juillet et août. Nous espérons recevoir 600 à 800 participants. Notre priorité est la course qui se tiendra au centre-ville, mais nous comptons également faire visiter la région à vélo et organiser des workshops sur les conditions de travail des coursiers.

– Qui chapeaute ce genre de championnats?

– Au niveau mondial, il y a l’International Federation of Bike Messengers Association (IFBMA) qui fait en sorte que chaque année se tienne un championnat et que celui-ci présente une course de qualité, ainsi que des forums de discussions sur la thématique des coursiers à vélo. Au niveau européen, il n’y a rien d’équivalent. Cela laisse un certain laxisme dans l’organisation, un peu comme à Edimbourg. A Lausanne, le comité d’organisation compte 22 personnes d’horizons différents, coursiers et non-coursiers. Cela impose une rigueur.

– Que gagne un champion?

– Ça dépend. Les prix ne sont jamais faramineux. Il s’agit surtout d’une question de gloire et d’ego dans la communauté des coursiers. Le statut de coursier doit être mérité et chacun a un respect à gagner de ses pairs. Certains font reposer leur gloire sur la fête, d’autres sur leur performance physique, d’autres encore sur les deux. Pour moi, ici à Lausanne, par exemple, tant qu’un coursier n’a pas roulé un hiver, il n’est pas encore coursier. Pendant les championnats, celui que je respecte est celui qui participe à toutes les courses. S’il fait la fête, tant mieux, tant qu’il est au départ.

– Les coursiers sont connus pour aimer faire la fête…

– Oui, il y a une tendance ces derniers temps à ce que ces championnats ne soient qu’une grande fête. Lors des premières réunions du comité, on a choisi des mots clés représentatifs de l’événement. Deux principaux sont sortis: «Fête» et «Course». Si le second n’était pas apparu, je ne serais pas resté président. Le programme que l’on prépare pour les championnats sera intense et je pense qu’au contraire d’Edimbourg, les coursiers seront principalement occupés à pédaler.