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A Lausanne, du sexe qui fait sens

La Fête du Slip conjugue avec succès pornographie, réflexion et bonne humeur

A Lausanne, du sexe qui fait sens

Festival La Fête du Slip a conjugué avec succès durant trois jours pornographie, réflexion et bonne humeur. Et le public a suivi

Avant d’aller goûter aux poisons suaves que distille le Théâtre de l’Arsenic, il faut humer l’air de la Galerie Humus. Ce cabinet de curiosités exhibe des régiments de phallus de corne et d’ivoire, de tôle et de plastique, certains servant de flûte ou de pistolet à eau, des objets bizarres et des photos pornographiques d’amateurs, aussi touchantes que les livres érotiques sans orthographe chantés par Rimbaud. Le curateur Claude-Hubert Tatot désigne un calepin noir, hérité de son grand-père, dans lequel un jeune marié a relaté sa nuit de noces et les deux suivantes et leur crescendo d’audaces. Ô vertige de prendre à nouveau conscience que tous ces frères humains, ces nobles figures d’ancêtres, ces dignes professeurs, et les intellectuels paisibles sirotant un verre au vernissage ne sont au fond que des bêtes à couilles, comme l’écrivait l’aimable Céline.

La Fête du Slip - Festival des sexualités a le mérite de rappeler cette évidence psychanalytique enfouie sous des siècles de puritanisme. D’ailleurs, à la table ronde «Porno éthique et équitable», quelques chiffres contemporains rappellent cette pulsion venue du fond des âges: sur Internet, un amateur de porno sur trois serait une femme; l’âge moyen des enfants cliquant sur «sexe» serait de 11 ans; 19% des sites seraient liés au sexe et 25% des requêtes concerneraient la chose…

A l’Arsenic, on s’enfile dans la salle obscure où est projeté A fleur de porno, un programme de huit courts-métrages présentant «une dimension plus éthique, plus esthétique, plus féministe, plus humaniste» de la pornographie. Lucy Blush, qui présente Naked, applique le principe «A travail égal, salaire égal», contrairement à la règle qui veut que les acteurs pornos soient moins payés que leurs collègues féminines, car «le porno féministe se doit de reconnaître la beauté du corps masculin et son rôle dans la sexualité».

L’amour à la Pollock

Ceci dit, même émancipé du joug phallocratique, le porno s’articule autour d’un nombre fini de figures et de positions. Le collectif LföE revendique une approche politique, mais Fuck the Art School ne se distingue d’autres œuvres que par l’alphabet imprimé sur une jambe d’un des partenaires. Action Painting développe aussi cette approche arty en deux chapitres: gros plan sur le dos de Monsieur que Madame griffe jusqu’au sang. Aux hachures, succède le tachisme: Monsieur conjugue levrette et Pollock à la cire de bougie.

Gala Vanting rencontre des adeptes du sadomasochisme dans Love Hard, un documentaire puissant. Face à la caméra, ils témoignent de leurs goûts pour la domination ou la soumission, démonstrations de shibari et sévices variés à l’appui. Nio, frimousse enfantine sous ses tifs rouges, ressent le besoin d’être avilie pour progresser dans ses peintures bizarres. Elle cite Susan Sontag, selon laquelle «l’artiste doit visiter les périphéries de ce qui est socialement acceptable». Quant à la cinéaste, elle estime qu’«elle est parfois fine la ligne séparant une bonne baise d’un voyage astral».

Cette escapade sur l’ubac du sexe conventionnel («vanilla sex») ne porte pas de jugement moral, ni ne fait de prosélytisme: elle montre une réalité. Cet esprit de curiosité et de tolérance définit et justifie la Fête du Slip, qui attiré quelque 2800 personnes en trois jours, soit mille de plus que l’an dernier.

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