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Lausannois victimes d’homophobie à Mykonos: «Tout est allé très vite»

Deux Lausannois sont partis en vacances à Mykonos et y ont été victimes d’homophobie violente. Ils racontent leur histoire pour qu’elle ne se répète pas

Ce sont les vêtements couverts de sang, le corps de bleus et les visages tailladés que Théo et Denis traversent la ville pour chercher de l’aide. En couple depuis douze ans, ils se sont offert deux semaines de vacances en Grèce cet été, à Mykonos. Une destination qu’ils connaissent bien, car ils s’y sont déjà rendus à quatre reprises. Mais cette fois-là, la soirée s’est mal terminée. Les compagnons se sont fait tabasser par une bande de jeunes. Parce qu’ils sont homosexuels.

Cette ville, une des premières destinations touristiques au monde, est connue pour accueillir la jet-set et les milliardaires du monde entier, mais aussi pour son ouverture et ses nombreux établissements gay-friendly. Théo, 39 ans, et Denis, 45 ans, étaient dans l’un d’entre eux, le JackieO'. Vers 2h du matin, fatigués, ils ont décidé de rentrer à leur hôtel. «Sur le chemin nous avons croisé un groupe de jeunes un peu agités, raconte Théo. Je pensais qu’ils étaient ivres, en train de faire la fête.»

Frappé à coups de pierre

Les deux hommes les dépassent et décident de s’asseoir sur un banc qui longe une église pour fumer une dernière cigarette. «Ils nous ont encerclés, poursuit-il. Les huit hommes ont commencé à nous parler. On ne comprenait pas, mais ils ont pris des poses efféminées avec un ton agressif.» Théo marque une pause et reprend: «Tout est allé très vite. L’un d’entre eux a agrippé ma nuque, je me suis levé, j’ai reçu un coup avec une pierre, je me suis retrouvé à terre. Je me suis fait rouer de coups comme s’ils étaient tous sur moi. J’ai hurlé le nom de mon partenaire en pensant qu’il n’était pas attaqué. Quand ils se sont dispersés, je l’ai vu sur le sol ensanglanté, le nez pété.»

En Suisse: L’homophobie sera interdite comme le racisme

En état de choc, les Lausannois se relèvent et cherchent les forces de l’ordre. «On a croisé tellement de monde dans les rues, sans que personne ne nous demande ce qui nous est arrivé, regrette Denis. Un type qui faisait la circulation nous a dit qu’il n’y avait rien à faire.» Du coup, ils rentrent dans leur hôtel et appellent une ambulance, qui ne répondra jamais. «On est monté dans un taxi direction un centre médical, se souvient-il. Les aides-soignants étaient surpris et ont appelé la police. Deux officiers ont écouté notre récit, eux aussi étonnés par cette agression homophobe, mais sans prendre nos dépositions. Ils nous ont dit n’être que quatre sur l’île pour assurer la sécurité.» Le couple est donc invité à se rendre au commissariat le lendemain.

«Ouvrir les consciences»

Seulement, après avoir passé la nuit sur place, dans l’attente d’une radio et d’un bilan sanguin, les deux hommes ont préféré aller se reposer, tant physiquement que psychologiquement. «Nous avions déjà prévu de partir le lendemain dans une autre ville et ne voulions pas nous perdre dans un chaos administratif», justifie Denis. Ils décident alors de se prendre en photo et de publier les images sur les réseaux sociaux «pour avertir, ouvrir les consciences, ne pas se terrer dans la position de victime muette, et pour que l’on soit tous solidaires, ne serait-ce qu’en proposant notre aide à une personne blessée croisée dans la rue», déclarent-ils.

Une opinion: Homophobie: la manipulation

Ils ont également écrit un e-mail au gérant du JackieO' pour que des mesures de sécurité soient mises en place et qu’il n’y ait pas d’autres agressions. Une proposition accueillie avec bienveillance par le gérant, qui leur a répondu qu'il en discuterait prochainement avec le maire de Mykonos. «C’est une station gay, comme il y en a peu en Europe et il faut que l’on continue d’y être en sécurité», soulignent-ils. Si l’un arrive à relativiser la situation, car il pensait que les vacances seraient terminées, il reste surpris «par le désœuvrement général». Son partenaire, quant à lui, confie avoir de nombreux flash-back, «la violence des coups», dit-il.

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