Rouler, c'est prendre un sens unique: la vue, rien que la vue, par-dessus tout la vue. Que celle-ci faiblisse avec l'âge, ou s'embrume de fatigue, la conduite en deviendra dangereuse. Un bon automobiliste est d'abord un automobiliste doté de bons yeux. Mais ce sens pourrait bientôt ne plus être le seul à être sollicité dans un habitacle.

Exposée au salon, la récente Citroën C4 propose en option un «parfumeur d'ambiance», système qui n'a heureusement rien de commun avec les déodorants tue-mouches qui se suspendent au rétroviseur. Un petit diffuseur est logé sur le tableau de bord. Il accueille des cartouches de parfums dont l'intensité olfactive peut être réglée grâce à une molette. Une bonne dizaine de senteurs sont proposées, tour à tour apaisantes, stimulantes, voire sensuelles. Expérience faite, le parfum à base de lavande combat plutôt bien la monotonie de la conduite nocturne sur autoroute. Les senteurs ont été étudiées pour ne pas flanquer des maux de tête au conducteur comme à ses passagers.

Une société écossaise va beaucoup plus loin dans la recherche sensorielle appliquée à l'automobile. Affective Media travaille actuellement avec l'Université d'Edimbourg et Toyota à des «capteurs émotionnels» qui, couplés à un logiciel, amélioreraient l'efficacité de la conduite. La société écossaise compte sur le développement prochain des commandes vocales au volant, commandes qui activent un téléphone, un système de navigation ou une radio-CD. L'analyse de la voix déclenche au besoin une réponse de la voiture, comme de modifier la climatisation ou de diffuser de la musique douce en cas de stress. Ou de déclencher une alarme si un état de somnolence est repéré. Le constat de base est ici une évidence: un automobiliste stressé ou en voie d'assoupissement est plus dangereux, pour lui-même et les autres, qu'une personne détendue au volant.

Les partenaires affirment que leur dispositif d'analyse vocale sera prêt d'ici à deux ans. Il peut déjà être testé sur le site internet de la société écossaise: www.affectivemedia.com. Un véhicule expérimental de Toyota, le Pod, prend en outre le pouls de son conducteur pour ralentir le véhicule en cas de comportement incohérent ou de vitesse excessive.

L'expérience sensorielle automobile la plus intéressante du moment est le prototype présenté par Rinspeed à l'actuel salon de Genève. Rinspeed est un bureau d'études et de design automobiles dirigés depuis 1979 par le Zurichois Frank Rinderknecht, 49 ans. Habitué des coups spectaculaires, pas forcément tous crédibles (la voiture qui rétrécit, ou va sur l'eau, ou encore conçue par le groupe Yello), le patron de Rinspeed a en l'occurrence passé alliance avec Bayer MaterialScience, l'un des plus importants producteurs de matières plastiques au monde. Il a également travaillé avec l'institut d'informatique de l'Université de Zurich, ainsi que les sociétés suisses Lumitec (lumières) et CWS/Voitino (parfums d'ambiance).

Le prototype de Rinspeed, baptisé comme de juste «Senso», est un véhicule trois places à la ligne futuriste, aux portes en élytres. L'habitacle est jalonné de capteurs chargés d'acquérir des données sur l'état du conducteur. Un cardiofréquencemètre lui prend le pouls. Une caméra enregistre son comportement au volant, en particulier ses changements de voie, leur fréquence, la distance avec les voitures qui le précèdent, la vitesse à laquelle il s'en approche. L'ordinateur de bord tire ensuite parti d'algorithmes spéciaux pour déduire, en temps réel, l'état de l'intéressé.

Ici encore, le but du dispositif sensoriel est d'encourager le conducteur à la vigilance détendue, gage de sécurité au volant. En fonction du résultat des calculs, le pilote reçoit un ensemble de stimulations, aussi bien auditives, olfactives que visuelles. Quatre écrans à cristaux liquides diffusent des motifs colorés, soit stimulants (orange/jaune), soit calmants (bleu/violet), ou neutres (vert). A vrai dire, grâce à une technologie de films électroluminescents, nommée «Smart Surface», toute la surface de l'habitacle baigne dans une ambiance lumineuse non éblouissante, mais réactive.

Des sons enregistrés sous forme numérique stimulent également le conducteur trop nerveux ou trop apathique. La ventilation diffuse des composés odorants, cherchant l'éveil grâce à des fragrances agrume-pamplemousse, ou le calme avec un mélange vanille-mandarine. Si les signes de fatigue s'avèrent par trop préoccupants, le toucher est alors mis à contribution: des moteurs électriques intégrés au siège sont chargés de, littéralement, secouer le conducteur.