L’industrie automobile est présente au Consumer Electronics Show (CES) de Las Vegas depuis 2007. Mais elle n’aura jamais été aussi visible qu’en cette édition 2016, lancée le 6 janvier. Alors même que le salon automobile de Détroit – fief de GM, Ford et Fiat-Chrysler – doit ouvrir ses portes la semaine prochaine. Tout se passe comme si le moyen de locomotion voulait marquer son changement d’identité, transférant sa masse symbolique de l’analogique au numérique, de l’objet à l’Internet des objets.

En tentant au passage de se délester de sa culpabilité de grand pollueur. Volkswagen, qui devra payer une somme astronomique aux autorités américaines pour avoir triché sur ses émissions nocives, s’affiche à Las Vegas en blanche colombe. Peace & Love! Le constructeur allemand dévoile une version électrique de son fameux bus 60’s, icône du mouvement hippie. Le Budd-e est conçu pour rendre «les gens heureux», notait avec candeur un responsable de la marque au CES. Le véhicule, qui devrait être commercialisé en 2019, marque surtout le changement de cap de VW. Le colosse de Wolfsbourg est contraint d’embrasser la propulsion 100% électrique après avoir longtemps douté de sa pertinence.

Le Budd-e propose toutefois une autonomie généreuse (530 km), une propulsion intégrale et une somme de trouvailles interactives. Comme la possibilité d’ouvrir les portes d’un seul geste ou une connectivité avec le lieu de vie qui, par exemple, permet de savoir si on a oublié quelque chose dans la voiture. Le Budd-e propose également un espace de chargement destiné au transport des colis commandés en ligne, en phase avec la nouvelle économie inventée sur la côte Ouest des Etats-Unis.

Electricité, connectivité, partage de véhicules, conduite autonome… telles sont les directions vertueuses des marques au CES, lequel voit débarquer de nouveaux venus. Comme le chinois Faraday, bien décidé à concurrencer Tesla avec des véhicules électriques haut de gamme, tous basés sur une plateforme commune. Soutenu à hauteur de 1 milliard de dollars par Jia Yueting, patron de la société de streaming LeTV, Faraday compte recruter 4500 personnes pour sa future usine de Las Vegas, qui devrait ouvrir en 2017. Déjà mené par des anciens de Tesla, BMW ou Google, Faraday montre au CES une invraisemblable batmobile de 1000 chevaux, qui fait un rien douter de la viabilité de l’entreprise. Mais son modèle économique inspiré de la Silicon Valley, basé sur la vente de services plutôt que celle de véhicules, en dit long sur le monde automobile à venir.