«La mission de l'Aygo est d'introduire Toyota auprès de notre jeune clientèle. La E-Generation, ou Generation Europe, est constituée de célibataires qui ont la vingtaine, vivent dans un environnement urbain, perdent la notion de frontières, utilisent les compagnies aériennes à bas prix, tirent parti des programmes d'échanges universitaires et se servent de manière intensive d'Internet.» Voilà comment Andrea Formica, vice-président du marketing de Toyota Europe, a présenté mardi au Salon de l'auto de Genève l'Aygo, petite voiture urbaine conçue avec Peugeot et Citroën. C'était le type même de la «bonne» communication automobile, axée sur la jeunesse, la joie de vivre et l'air pétulant du temps.

Toyota n'aurait certes pas osé suggérer que sa puce citadine pourrait intéresser un autre type de clientèle européenne, dont la part ne fait que croître, dotée par surcroît d'un appréciable pouvoir d'achat. En tout cas plus appréciable que la tranche des 18-25 ans, notablement désargentée, et qui idéalise moins l'objet automobile que les générations précédentes. Cet autre type de clientèle est représenté par les conductrices et conducteurs qui arrivent à l'âge de la retraite, ou l'ont déjà prise.

Avec inquiétude, les constructeurs automobiles voient les courbes démographiques de l'Europe, des Etats-Unis, du Japon, voire de la Chine contredire le jeunisme de leur marketing. En Grande-Bretagne, rapportait l'autre jour le Sunday Times, la part des automobilistes mâles de plus de 65 ans a crû de 89% durant ces vingt dernières années, alors que celle des conductrices de plus de 65 ans a augmenté de 212% pendant la même période.

Si les responsables des marques peinent encore à l'admettre, le poids toujours plus important des conducteurs âgés modifie peu à peu la conception des voitures. Pas question bien sûr d'imaginer «une automobile pour vieux», ce qui serait un suicide commercial: il n'est pas pire dénigreur de la vieillesse qu'un automobiliste âgé, qui s'estime toujours être dans la pleine possession de ses capacités à conduire. Il n'empêche: de manière discrète, les constructeurs travaillent à l'adaptation de leurs modèles à des usagers moins souples, qui peinent à entrer et sortir de l'habitacle, à bien distinguer les commandes du tableau de bord, à tourner la nuque et le tronc dans les manœuvres de parking.

Les béquilles électroniques qui se multiplient dans les voitures contemporaines sont d'une aide précieuse aux seniors. Les assistances à la tenue de route réduisent les conséquences d'une erreur de conduite. Les caméras vidéo qui apparaissent chez Nissan ou Toyota et se substituent aux rétroviseurs – la vue vers l'arrière est projetée sur un écran disposé sur le tableau de bord – évitent des contorsions douloureuses. Plusieurs marques de GM, comme Cadillac (moyenne d'âge de la clientèle: 53,4 ans), proposent des dispositifs «tête haute» qui projettent sur le pare-brise le compteur de vitesse. Honda introduit sur son modèle Legend un système de vision nocturne qui, via des capteurs de chaleur, permet de mieux distinguer les piétons dans l'obscurité. L'acuité visuelle nocturne, les changements fréquents de distance focale, la capacité à traiter plusieurs informations en même temps souffrent en effet du cumul des décennies, en particulier à l'approche de la soixantaine.

Les portes latérales électriques, que l'on retrouve sur la citadine Peugeot 1007, se multiplient. Patrick Le Quément, 60 ans, le gourou du design de Renault, admet que la porte passager motorisée de son prototype Zoé (voir ci-dessous) facilitera la vie des plus âgés: «Vu le vieillissement de la population, nous travaillons actuellement sur l'accessibilité de nos véhicules, admet Patrick Le Quément. De même, nous nous efforçons de simplifier les commandes, qui devront être aussi plus intuitives. Surtout, nous livrons aujourd'hui une bataille aux designers qui considèrent qu'une instrumentation de bord doit être décorée et compliquée pour être flatteuse. C'est au contraire une entrave à la lisibilité.»

Ford, qui admet aussi travailler à l'adaptation de ses voitures à la nouvelle donne démographique, a doté sa nouvelle Focus de poignées de porte plus grosses et préhensiles que sur l'ancien modèle. De même, le hayon se soulève plus aisément, et l'instrumentation du tableau de bord a été simplifiée. Non loin, sur le stand Mazda, même la petite et sportive MX-5 a été modifiée. Comme le précise Joseph Bakaj, responsable de la recherche et du développement de la marque d'Hiroshima, les portes, les sièges et le volant ont été modifiés pour que l'accès à bord du roadster exige moins d'effort qu'auparavant. La moyenne d'âge des conducteurs de MX-5 est en effet plus élevée qu'on pourrait le croire (46 ans), et la tendance n'est pas près de s'inverser.