Voyage

«L’autostop est une façon de réintroduire de l’étrangeté dans un monde globalisé»

Collaboratrice scientifique à l’EPFL, la sociologue Stéphanie Vincent tente de cerner le profil de l’autostoppeur

Samedi Culturel: Pourquoi l’auto-stop n’est-il plus aussi en vogue qu’avant?

Stéphanie Vincent*: Le phénomène générationnel de l’auto-stop se termine à la fin des années 1970, avec la généralisation de la voiture, la démocratisation du tourisme et le changement dans le rapport au voyage. Dans les années 1950 et 1960, la voiture était peu répandue, le train prenait du temps, l’avion était très cher. L’auto-stop était largement pratiqué. Ce n’est plus le cas aujourd’hui, où les trains sont rapides et les compagnies aériennes ont développé une offre low cost. L’autre changement notoire est la prise en compte de la dimension sécuritaire. L’extension du covoiturage et son institutionnalisation sont à comprendre dans ce contexte. Beaucoup de jeunes qui veulent voyager mais n’ont pas d’argent utilisent le covoiturage.

Que cherche-t-on aujourd’hui dans l’auto-stop?

Nous vivons dans un monde globalisé. Même à l’autre bout de la planète, on trouve un café Starbucks et Internet. Le monde globalisé est un monde qui nous est familier et dans lequel on a moins de contact avec ce qui nous est complètement étranger. L’auto-stop est une façon de réintroduire de l’étrangeté dans un monde globalisé. Par rapport au covoiturage, il n’y a aucun filet de sécurité.

Qui fait encore de l’auto-stop?

Il est difficile d’établir un profil sociologique des gens qui font de l’auto-stop, mais ils partagent une certaine position philosophique sur la nature humaine et les relations sociales, qui repose sur la confiance. Il y a à la fois des jeunes gens qui n’ont pas beaucoup d’argent et d’anciens auto-stoppeurs qui continuent à pratiquer le stop. Pour ces derniers, le problème est que le profil classique de l’auto-stoppeur est celui d’une personne jeune. Leur probabilité d’être pris en stop est plus faible.

* Sociologue, collaboratrice scientifique au Lasur, EPFL, et spécialiste des mobilités alternatives.

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