Une page s'est tournée à Amstetten, la petite cité de Basse-Autriche aux 22000 habitants dont le quotidien a été bouleversé par l'affaire Fritzl. Mercredi soir, Franz Pruche, le directeur de sécurité du Land de Basse-Autriche, a annoncé que l'enquête allait désormais perdre sontour spectaculaire, et qu'il ne fallait plus s'attendre au même rythme haletant de révélations, comme lors des premiers jours de l'affaire qui a frappé de stupeur le monde entier.

L'Autriche, sonnée par la tragédie, émerge lentement et s'inquiète des possibles retombées négatives de l'affaire pour le championnat européen de football, l'Euro 2008, qui débute le 7 juin à Vienne. Catastrophé par le déficit d'image constaté à l'étranger, outré par les commentaires narquois de la presse internationale, le gouvernement autrichien a décidé d'agir en urgence. Le chancelier Alfred Gusenbauer a confirmé hier qu'une vaste campagne de publicité internationale allait être lancée sans tarder. «Nous ne permettrons pas que toute l'Autriche, toute notre population soit prise en otage par un seul criminel barbare, a-t-il déclaré. [...] L'Autriche est l'un des pays les plus sûrs au monde. Nous n'accepterons de personne, où que ce soit dans le monde, qu'il ternisse cette image.»

Hier, tandis que l'agitation médiatique retombait quelque peu autour d'eux, six experts de la police scientifique en combinaison immaculée poursuivaient leurs allées et venues au fond du jardin de la maison Fritzl, au 29 Ybbsstrasse, dans le réduit souterrain de 60m² qui servit de geôle à Elizabeth et ses enfants durant toutes ces années. Dans le fatras du sous-sol, un objet en particulier intrigue les enquêteurs: la porte en béton armé équipée d'un dispositif électronique activé par un code secret et donnant accès au labyrinthe de 5 pièces pesait 300 kg, pour 1m de haut et 60 cm de large. Comment Josef Fritzl aurait-il pu acheminer cette masse imposante jusqu'au pied du souterrain sans bénéficier d'un entrepreneur peu regardant? «Je pense que nous pouvons écarter la thèse d'une complicité», affirme Leopold Etz, chef de la brigade des homicides de Basse-Autriche. Les tests ADN effectués dans le réduit ont réfuté toute présence étrangère.

Josef Fritzl, lui, a suivi les conseils de son avocat, et s'est muré dans le silence. Lors des vingt-quatre premières heures de garde à vue, dimanche, il avait pourtant reconnu avoir menacé de gazer ses captifs, grâce à un dispositif intégré dans cette fameuse porte d'accès.

Dans une interview au quotidien Österreich, Christine, la belle-sœur de Josef Fritzl, a raconté que d'après sa sœur Rosemarie, celui-ci «descendait tous les matins à sept heures dans la cave, soi-disant pour y concevoir des plans de machines qu'il vendait à des entreprises». Sepp Leitner, un ancien locataire, parmi la centaine qui séjourna dans la «maison de l'horreur», a par ailleurs révélé qu'il avait dû payer dans les années 1990 les factures d'électricité du bunker où se trouvaient Elizabeth et ses enfants. Sans imaginer une seule seconde ce qui s'y trouvait.