L’époque est plus bobo que baba, plus concernée que futile, parfois jusqu’à l’absurde: petite collection amusée des choses de la vie quotidienne qui disent qui nous sommes.

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Le bobo aime être à l’avant-garde d’une mode. Qui se développera ou non, parfois pour le plus grand bien de l’humanité. Mais être ainsi à la pointe demande de se sacrifier et d’abandonner son succès lorsque ce style et ces habitudes commencent à faire des émules chez M. et Mme Tout-le-Monde. L’exemple le plus frappant à Lausanne est la Jetée de la Compagnie. Une poignée de gars cools ont décidé il y a quelques années de transformer cette jetée abandonnée de Bellerive, sorte d’entrepôt à ciel ouvert de bateaux CGN, en un havre de baignade et de bières locales. Y venaient exclusivement des bobos, le vélo étant le moyen le plus approprié de s’y rendre. Mais depuis trois ans, l’écho s’est fait tel que toute la ville y descend, le lieu a complètement perdu de sa coolitude et de son charme. Les bobos préfèrent depuis mourir de chaud sous leur chapeau que d’aller y plonger un orteil.

Le prix à payer

Vous voyez, c’est embêtant d’être à ce point exclusif et précurseur. Mais c’est le prix à payer pour avoir un mode de vie plus stylé que les autres. Le même genre de phénomène est en train de se produire avec les vins naturels, se plaignaient encore l’autre soir Serge et son pote Martin à l’apéro. Ni l’un ni l’autre, évidemment, ne produisent de vin naturel, non. Mais ils connaissent des petites caves. Cela fait longtemps maintenant qu’ils ne consomment plus que ça, chez eux donc la plupart du temps, et lorsqu’ils se rendent au bistrot, ils font attention à ce qu’on les entende quand ils se plaignent de ne pas en trouver derrière le bar. «C’est ce qui se fait de mieux! Quand tu as goûté à ce nectar, sans altération de la vie bactérienne du vin, tu ne peux plus boire autre chose.»