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«On fait tout un foin du couple, de l’amour exclusif, du toi et moi, etc. Or, ce n’est pas si bien...» - Léa
© Matthias Rihs

Sexe au féminin

Léa, 26 ans, l’amour physique sans limites

«Je ne me pose jamais la question du masculin et du féminin, je considère juste l’humain»: pour elle, la sexualité, à deux ou à plusieurs, peu importe, elle fonctionne à l’intensité de la rencontre

Expliquer vraiment, dans le détail, ce qui plaît, déplaît, allume le désir ou éteint le feu: tel est l’objet de notre série d’été cette semaine. Cinq Romandes de 17 à 67 ans se sont prêtées au jeu du dévoilement, en évoquant leur vie amoureuse et leur sexualité.

Précédent épisode: Mathilde, 17 ans, la sexualité déjà sous contrôle

 

Elle est libre, Léa. Elle ne dit pas qu’elle couche avec un homme ou une femme, mais qu’elle couche avec une personne, question de sortir du clivage consacré. A 26 ans, cette diplômée en études sociales privilégie la fulgurance d’un flash, l’intensité d’un moment partagé, à deux ou à trois. Elle est libre, Léa, et parler avec elle donne des ailes.

On a rendez-vous dans le quartier genevois des Grottes, village urbain situé derrière la gare Cornavin. Look «alterno», parole aiguisée, Léa semble avoir déjà un long passé. Elle sourit. «J’ai pas mal voyagé, j’ai fait plein d’expériences. Oui, dans un certain sens, j’ai déjà bien vécu.» Qu’est-ce que le mot «sexualité» évoque pour elle? «Mon corps, des instants, du partage, du plaisir.» La rencontre, sa loi et sa beauté.

«Chaque fois que j’ai une nouvelle personne devant moi, je me demande comment elle fonctionne. J’adore apprendre à connaître un être, que ce soit pour une nuit, trois semaines ou six mois. J’ai une telle haine de la posture autoritaire, paternaliste et dominante que je ne me pose jamais la question du masculin et du féminin, je considère juste l’humain. Quand je fais l’amour, c’est la même chose, la pénétration n’est pas forcément une finalité. Je mets plutôt en avant le plaisir partagé.»

«La petite mort de mon enfance»

On demande à cette native de Lausanne si cette grande liberté est un héritage familial. «Oui et non. Ma mère travaille dans le spectacle, elle est ouverte d’esprit, mais la sexualité n’a pas été plus que ça un sujet à la maison. Ni à l’école d’ailleurs.» Retour à l’adolescence, justement.

Sa première fois? «J’avais 16 ans, c’était avec un Genevois d’un an de plus que moi. C’était aussi sa première fois. On s’est posé beaucoup de questions. C’était un peu laborieux au début, puis c’est devenu plus facile. On a opté pour la classique position du missionnaire, avec beaucoup de tendresse. J’avais eu des occasions avant, mais je voulais qu’il y ait de l’amour… Avec lui, ce fut le cas.»

Et le jour d’après? «Je ne sais pas si c’est parce que j’ai vu Into the Wild, le film de Sean Penn, ce jour-là, mais je garde l’impression d’avoir vécu la petite mort de mon enfance. La sensation d’une redescente, après l’euphorie d’être dans un nouveau corps…»

Léa la sensible. Léa l’aventurière. Depuis, la jeune femme a connu près de 30 partenaires. Autour des 23 ans, elle a été en couple durant un an et demi, sinon, elle suit «le cours des rencontres». «Comme j’ai beaucoup voyagé, j’ai fait des rencontres assez fortes. Des gens avec qui j’ai parcouru un bout de chemin, puis chacun est allé de son côté.» Mais se lier et se délier ainsi n’est-il pas douloureux? «Oui parfois, d’autant plus que j’ai une grande facilité d’attachement. Mais je n’aime pas être prudente. Quitte à souffrir. C’est peut-être le prix à payer pour un moment intense.»

Le corps n’est pas dramatisé

A 14 ans, Léa a connu sa première expérience homosexuelle avec sa meilleure amie. «C’était exploratoire. On s’est fait un cunnilingus pour voir. C’était bien, mais on n’a pas réédité et on est juste restées amies.» Plus tard, vers 21 ans, Léa faisait partie d’un groupe de copines qui avaient l’habitude de se rouler des patins lors des concerts, des festivals.

«Il y avait de la musique, on avait le corps en fête et on célébrait!» sourit la jeune fille. Avec l’une d’elles, Léa est allée plus loin: «On prenait un bain toutes les deux et on a couché ensemble. On a eu beaucoup de plaisir. Il y aurait eu moyen de prolonger, mais elle devait partir…» Là encore, cet épisode n’a rien changé à leur amitié.

C’est peut-être cet aspect qui frappe le plus dans le récit de Léa: le fait que coucher, avec des filles, des garçons, ne change rien aux relations. Le corps n’est pas dramatisé. Il est un endroit de plaisir, non de contrat. «C’est vrai, c’est exactement ce qu’il se passe avec mon meilleur ami. Lui et moi, on a des relations sexuelles, au même titre qu’on boit un café, une bière. C’est un bon moment tous les deux, mais sans agenda.»

Relation à trois, relation ouverte

Du coup, les relations à trois ont le même parfum, à la fois fort et sans trauma. «A 18 ans, je flirtais avec mon voisin de palier lorsqu’une amie s’est pointée. On avait bien picolé, on était avachis sur le canapé. J’étais assise au centre. Je l’ai embrassée elle, puis je l’ai embrassé lui. Et on a commencé à se toucher. Ensuite, on a pris un bain. C’était très doux, très bien. On a eu du plaisir, sans pénétration. Après, si je suis bien avec la personne, je n’ai rien contre la sodomie. Ça dépend du moment…»

Aujourd’hui, Léa vit une relation ouverte. Son amoureux et elle, qui habitent dans la même maison, peuvent avoir des aventures chacun de son côté. Ils le savent et ils en parlent, ou pas. La seule contrainte, c’est de ne pas coucher avec quelqu’un de la colocation, pour ne pas créer de tensions. «On fait tout un foin du couple, de l’amour exclusif, du toi et moi, etc.

Or, ce n’est pas si bien. La société doit se réinventer, trouver de nouvelles fluidités. Même pour les enfants, j’aimerais être plus que deux. Je détesterais élever mes enfants avec mon petit mari…» Léa en est convaincue et on peut être séduit: en amour, comme dans la vie, le modèle communautaire a de beaux jours devant lui!

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