Société

L’échec scolaire, les clés pour le digérer et rebondir

Juin qui rit, juin qui pleure. Pour les élèves qui ont échoué, l’été sera consacré à avaler la pilule et à se réinventer. Avec leurs parents, qui sont très concernés

Chaque début de semaine, «Le Temps» propose un article autour de la psychologie et du développement personnel. Sujets précédents:

Une claque. Administrée à l’élève lui-même, mais aussi à ses parents qui se projettent (trop?) dans la réussite de leur enfant. Parce que l’école est un marqueur social fort, l’échec scolaire est un des grands écueils de l’éducation. Comment l’accueillir? Comment y répondre? Et comment prévenir une récidive? Isabel Pérez, directrice d’IPCoaching, école privée lausannoise qui propose du soutien scolaire et de la formation, donne des pistes au moment où de nombreuses familles doivent digérer de mauvais résultats de fin d’année.

«Déjà, une précision, commence la formatrice, qui a été enseignante. Il faut définir ce qu’on entend par échec scolaire. Il y a des parents qui nourrissent de grandes ambitions pour leur enfant, type formation universitaire sinon rien, et pour lesquels un 4,5 sur 6 est déjà une mauvaise note.» La pédagogue conseille à ces parents de réduire leurs attentes, car leur progéniture «a sa vie propre dont le but n’est pas de satisfaire les rêves de ses géniteurs».

L’uni pas mieux que le CFC

De plus, poursuit l’auteure de Mon enfant réussit sa scolarité (Ed. Favre), guide très éclairant, ces parents se trompent en associant université et professions assurant forcément la prospérité. «Aujourd’hui, un diplôme en lettres ou en anthropologie n’offre pas plus de garantie de trouver un emploi qu’un CFC de mécanicien ou d’informaticien», précise-t-elle. «Je ne dis pas non plus que tous les jeunes doivent être maçons, car ce métier, par exemple, met la santé à rude épreuve, mais il serait bon que les parents se distancient du discours sur la réussite qui est très stéréotypé.»

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La notion d’échec étant relative, on précise le tir. Comment gérer des examens de maturité ratés? Ou, avant, en primaire et en secondaire, de mauvais résultats qui obligent l’élève à redoubler ou à rejoindre une filière moins valorisée? «La réponse tient en trois temps. Accueillir la mauvaise nouvelle, imaginer un projet et l’accompagner.» Isabel Pérez développe: «Ce qui me frappe, c’est que beaucoup d’enfants, par peur de décevoir leurs parents, ne les tiennent pas au courant de leurs difficultés au cours de l’année et de leur échec final.»

La parade à ce jeu de cache-cache? Les parents doivent bien dire à leurs enfants que leur amour ne dépend pas de leur réussite. «Les suicides d’adolescents sont liés à de nombreuses causes, comme l’homosexualité ou le cyberharcèlement, mais, parmi elles, figure aussi une peur panique de perdre l’estime de sa famille», poursuit l’ex-enseignante.

Que le parent dise simplement «je suis déçu(e), mais je t’aime quand même» peut paraître évident. C’est pourtant la base, car la confusion chez les enfants fait des ravages. «Et cela y compris quand les recalés fanfaronnent et prétendent que redoubler les indiffère. En vingt ans de formation scolaire, je n’ai jamais rencontré un enfant qui soit content d’échouer. C’est juste un masque que certains mettent pour éviter de montrer qu’ils ont mal.»

La valse des projets

Donc, premier point, accueillir l’échec. Et ensuite? «Ensuite, il faut mettre les choses à plat et considérer tranquillement, avec l’enfant ou l’adolescent, tous les scénarios possibles.» Bien sûr, en primaire, le redoublement paraît s’imposer, mais dès la transition vers le secondaire ou le post-obligatoire, plusieurs options se présentent. Il s’agit de trancher entre le redoublement, la voie privée, les filières a priori moins valorisées comme l’Ecole de culture générale, mais qui offrent en fait de très bons débouchés, ou l’apprentissage. Le jeune peut même prendre une année sabbatique pour suivre des stages et déterminer quels domaines l’intéressent. Ce qui importe? «Que l’enfant ou l’adolescent soit l’acteur de sa décision», insiste l’enseignante.

Enfin, vient l’accompagnement. «En parallèle, il s’agit aussi de comprendre pourquoi l’élève a échoué, sinon la scène va se rejouer», augure Isabel Pérez. Qui encourage les parents à questionner l’enfant sur les raisons de cet échec et les rectifications qu’il imagine. «Je me répète, mais trop souvent, les parents envisagent seuls des solutions qui vont des punitions aux privations, alors que leur fils ou fille sait très bien ce qui ne va pas dans son fonctionnement.»

Agenda de ministre

Les améliorations potentielles? Il peut s’agir des devoirs – mieux organiser le rituel, savoir établir des priorités, se faire aider – ou des activités extrascolaires. «Globalement, les enfants sont vraiment trop occupés. Un jour, je devais recevoir un enfant de 14 ans pour un soutien scolaire. Sa mère m’a donné le mercredi entre 14h15 et 15h30 comme seul créneau hebdomadaire possible. Une folie!»

Parfois, l’agenda surchargé est lié à la gestion d’autres enfants par la maman. Mais souvent, l’embouteillage est simplement dû à la valse habituelle des entraînements sportifs et des cours artistiques. «Ce que j’observe aussi dans le discours des parents, c’est que tout doit être ludique. Ça va peut-être sonner un peu réac, mais faire des efforts lorsqu’on étudie n’est pas une option, c’est, sauf exception, une obligation!»

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Autre sujet délicat? La récompense, via un objet, une activité ou de l’argent. Qu’en pense la pédagogue? «Je fais une grande différence entre la récompense occasionnelle et spontanée et la récompense systématique et négociée. C’est-à-dire que si, à la fin d’une année réussie, une mère achète une robe à sa fille, je trouve cela charmant et constructif. En revanche, mettre au point un deal qui associe une somme d’argent à chaque bonne note me met mal à l’aise. Sans aller jusqu’à dire que les parents achètent leur enfant, il y a tout de même une dimension assez mercantile dans ce contrat. L’enfant doit travailler pour lui, il doit comprendre l’enjeu d’une scolarité réussie. Cette transaction rompt complètement ce mouvement.»

Seul ou en groupe?

On le voit, Isabel Pérez met l’enfant très au centre. Mais comment fait-elle avec un adolescent qui ne sait pas quoi faire, ignore où se diriger professionnellement, semble totalement perdu? «Je lui pose des questions très simples. S’il aime travailler en plein air ou à l’intérieur. S’il préfère les chiffres ou les langues. Etre en groupe ou seul. Je lui demande aussi s’il a une passion, pour voir si une formation peut en découler ou s’il a dans son entourage une connaissance dont le métier le fait rêver. Parfois et pour toutes sortes de raisons, un adolescent parle plus à un professionnel qu’à ses parents. Ces derniers ne doivent pas hésiter à se faire aider.»

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