Le Temps: En Suisse, l’homosexualité semble de mieux en mieux acceptée dans la société. Les premières Assises contre l’homophobie, qui se tiennent aujourd’hui et demain à Genève (lire en page 2), mettent toutefois l’accent sur le monde éducatif. Pourquoi?

Stéphane André: La loi sur le partenariat de 2007 n’a pas tout réglé. L’homophobie est toujours présente, notamment à l’école où «sale pédé» est encore une insulte très fréquente. Malheureusement, il n’existe pas en Suisse d’étude sur l’homophobie à l’école, faute de moyens, peut-être aussi de volonté. Beaucoup de gens considèrent qu’aujourd’hui, être homosexuel n’est plus une difficulté. Ce qui revient à accepter l’homophobie qui existe toujours.

A l’école, elle passe par les insultes, les réflexions déplacées, bien sûr. Mais ces insultes sont aussi ce que l’entourage en fait. Est-ce qu’un enseignant, un parent ou un camarade va réagir? Et comment? Par le silence, on favorise un climat dans lequel ce genre de paroles est tolérable. La discrimination est encore plus sournoise en ce qui concerne les filles. Elles sont invisibles et donc niées dans leur questionnement. Un nombre préoccupant de jeunes gays souffrent de dépression, ont des tendances suicidaires. Certains expriment leur mal-être par un silence total ou une désaffection scolaire. Ils n’ont pas toujours les moyens de dire leur souffrance parce qu’ils ont intériorisé l’homophobie.

– Que fait-on en Suisse pour répondre à cette souffrance?

– Du côté des institutions, c’est un sujet qui n’est pas exclu mais qui n’est pas non plus mis en avant. En Suisse alémanique, des associations proposent des témoignages de jeunes homos dans les écoles. Dans les cantons romands, les bureaux de l’égalité ont édité une brochure de prévention à destination des enseignants qui peuvent choisir d’aborder le sujet ou pas. Les cours d’éducation sexuelle sont aussi censés parler de ces thématiques. Mais la prévention n’est pas systématique et la pratique du témoignage dans les classes n’existe pas. Par contre, différentes initiatives plus ou moins personnelles se mettent en place. Depuis 2004, avec La Boussole, nous faisons de l’information aux adultes travaillant avec les jeunes. Nous proposons des témoignages, des interventions de psychologues, du théâtre interactif pour favoriser la discussion et l’information et permettre aux professeurs et aux éducateurs d’être plus à l’aise sur ces questions.

– La Suisse romande est-elle en retard en matière de prévention dans le monde éducatif?

– On sent encore une certaine timidité. Il y aurait beaucoup de choses à faire au niveau des représentations, des programmes scolaires, comme cela existe déjà en Suisse alémanique avec le groupe Bildung. En littérature, en histoire, les enseignants pourraient par exemple parler de certains auteurs sans occulter le fait qu’ils étaient gays ou évoquer la déportation des homosexuels sous le régime nazi. On entend souvent que l’orientation sexuelle relève uniquement de la sphère privée. C’est un argument hypocrite quand on sait que les insultes homophobes, elles, sont publiques. La question s’inscrit dans la lutte contre les discriminations et, à ce titre, a une dimension pédagogique. Les adolescents ont beaucoup de questionnements au sujet de l’homosexualité qu’il faut être prêt à accueillir.

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