Rien ne sert de courir: amputée de son inauguration pour cause de grève du personnel, l'exposition «Le Temps, vite» du Centre Pompidou vient à point pour célébrer l'année au triple zéro. Elle s'inscrit aussi bien dans les célébrations françaises de 2000 que dans le cycle de manifestations qui marquent la réouverture de Beaubourg.

Conçu par Daniel Soutif, directeur du développement culturel au Centre Pompidou, mis en scène par François Confino, le propos n'est pas aussi fastueux que le monumental «Story of Time» présenté depuis décembre à Greenwich (LT du 31 décembre 1999). L'échelle est ici plus humaine, plus subjective aussi. L'exposition – multidisciplinaire – est avant tout une expérience vécue de la temporalité. Le visiteur injecte son propre sens du rythme aux installations interactives de l'Ircam (Institut de recherche et de coordination acoustique/musique), partage avec d'autres la lecture publique, par des écrivains, de La Recherche du temps perdu, immerge sa tête dans des caissons emplis des vagues musicales de Heiner Goebbels. Il se déplace dans un labyrinthe de sas, sensible aux variations de lumières, aux jeux d'ombres, aux échos que se renvoient les quatre cents instruments de mesure, installations, photographies ou œuvres d'art. Convoqués à l'unisson, la vue, l'ouïe et le toucher vadrouillent ainsi parmi les signes passés et contemporains du temps, énigme chiffrée dont personne n'est venu à bout.

Le visiteur-arpenteur est invité à se munir d'un guide explicatif. Sans l'opuscule, il sera perdu, tant les objets présentés sont dépourvus de légendes. Le voici donc dans la première «salle», qui donne le ton. Crépusculaire, le vestibule abrite une clepsydre égyptienne. Elle symbolise le double fil de l'exposition: l'écoulement irréversible des heures et le dénombrement rationnel de ce flux. Une grande sculpture en marbre de Luciano Fabro, La Luna, murmure que le satellite naturel de la Terre a suggéré aux êtres humains leur première idée du temps, ainsi que leurs premiers décomptes calendaires. A preuve, non loin, un magnifique autant que minuscule calendrier lunaire du paléolithique supérieur (il y a 35 000 ans). A la sortie de l'exposition, Il Sole du même Luciano Fabro indique que le Soleil et son espérance de vie limitée sont le terme ultime de toute réflexion sur le temps.

Au total, comme autant de divisions d'un cadran, douze sections balisent la perception, la représentation, la mémoire, l'organisation et l'usage du phénomène, exposés à l'accélération actuelle des vitesses. Lesquelles se conjuguent parfois de manière surprenante, à l'instar de l'installation de Bertrand Lavier, qui crée une tension entre la vitesse de maturation d'une bouteille de Romanée-Conti et d'une Ferrari de Formule Un.

L'originalité de la présentation est ponctuée par le catalogue de l'exposition. Celui-ci se présente sous la forme inédite d'un journal du dimanche, l'une des formes éditoriales les plus liées au temps. Le quotidien d'un seul jour, titré Le Temps, vite, accueille une série de suppléments: un magazine, des fictions, une BD de Jochen Gerner, un cahier sciences («C'est l'an 2000, il fait vraiment un temps de temps»), sans oublier le journal principal et son interview de l'ubiquiste Umberto Eco, ses essais sur le temps de la politique, de la photographie, des vanités picturales, du jazz, de Proust ou du cinéma.

Le Temps, vite, Centre Pompidou, Paris, jusqu'au 17 avril 2000.