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Les lecteurs du «Temps» sur la Lune

Et vous, où étiez-vous ce soir-là? Vous avez été nombreux à répondre à notre appel à témoignages. Beaucoup d’histoires de camping ou de lieux de vacances, été oblige. Petite sélection de vos récits

Le Temps a consacré plusieurs articles au 50e anniversaire des premiers pas de l'homme sur la Lune. Retrouvez


«La Lune, ma mère et moi»

Stéphanie Billeter, Lausanne

J’ai vu le premier pas de l’homme sur la Lune. Enfin, ma mère m’a toujours dit que j’avais vu le premier pas de l’homme sur la Lune. Qu’elle m’avait réveillée pour assister à ce moment historique sur une petite télé de leur location de vacances à Saint-Cergue. J’avais 1 an et 3 mois. De fait, cette histoire m’a paru de plus en plus improbable au fil des années. Impossible pour moi de m’en souvenir et, connaissant ma mère, je l’imagine mal réveiller son bébé à 3h du matin. Mais j’aime y croire. J’aime croire que j’ai vécu cet instant. Est-ce cela, mais j’ai toujours eu une fascination pour les voyages dans l’espace, les livres et les films de science-fiction, les aventuriers explorateurs. Et souvent, le soir, je reste à contempler la Lune, qu’elle soit croissant, demi ou pleine. Et je me dis que de là, ma mère continue de veiller sur moi et mes rêves.

«Une série de nouveaux mots»

Charlotte Fisler, Bulle (en 1969)

J’avais 8 ans et mes parents avaient loué une télévision pour l’occasion…
Installée dans la salle de séjour, toute la famille (même moi!) a pu assister en direct à l’alunissage d’Apollo 11. Images floues et chuintements incompréhensibles sont mes souvenirs (et c’était tard le soir pour moi!), mais surtout l’excitation générale et, même à mon jeune âge d’alors, le sentiment d’assister à un événement ô combien exceptionnel!
Je garde aussi le souvenir du retour des astronautes et de leur mise en quarantaine, les pauvres… Je crois qu’ils ont disparu pour de longs jours derrière cette sorte de hublot que j’ai en mémoire.
Pour nous, la suite s’est déclinée en la connaissance de nouveaux mots tels que «LEM» ou «alunissage», des posters aux murs montrant les astronautes (et leur LEM…) aux couleurs américaines sur le sol lunaire, légendés de la fameuse phrase… Juillet 1969 gravé pour toujours dans la mémoire de beaucoup.
Puis, un certain goût s’étant développé pour ce nouvel «art» qu’était la télévision, notre famille a acheté quelque temps plus tard un poste qui a fini par prendre ses marques définitives dans notre maison!

«Paris Match pour décorer ma chambre»

Louis-François Caude, Douai (France)

J’avais 17 ans, un transistor (vous voyez ce que c’est, un transistor?) mais pas de direct… Pas de télé non plus… Mais alors, la semaine d’après, pleines pages dans «Paris Match», en couleur! J’en avais piqué plusieurs exemplaires pour décorer ma chambre, j’étais aussi sur la Lune!

Un sceptique autour de la table

Nelly Belul, région parisienne

J’avais 17 ans et demi. Nous étions dans un village de Charente, près d’Angoulême. Nous n’avions pas la télé et c’est juste après dîner, autour de la table, que nous avons entendu la nouvelle via le petit transistor posé sur le buffet de la cuisine. Mon père, ouvrier en papeterie, n’avait pas de sympathie pour les Américains (c’est un euphémisme). Il était du côté des Russes… Il était quand même impressionné mais réfrénait son «enthousiasme». Ma petite sœur et moi n’avions pas l’autorisation de parler à table, ce soir-là encore moins. J’ai ressenti une vive excitation – silencieuse – et depuis ce jour, j’ai regardé la Lune d’un autre œil.

Le lendemain, tout le village en parlait. Il y avait ceux qui prédisaient des catastrophes comme un bouleversement climatique (déjà, il y avait Spoutnik pour dérégler la météo…) Et ceux qui rêvaient la bouche ouverte, le menton levé, regardant le ciel. Il y avait aussi des sceptiques qui avaient déjà beaucoup de mal à imaginer qu’un avion vole, alors des histoires pareilles, pff…

Quant à mon père, la pression de copains plus «radicalisés» lui a inoculé le doute, quelques mois plus tard. Il n’a cependant jamais tenté de nous amener sur cette voie-là. Heureusement ça a fini par lui passer après quelques années. Ma sœur et moi, avec notre innocence, n’avons jamais mis en doute la véracité de cette extraordinaire aventure.

«Tout semblait possible»

Corinne Noverraz, Lausanne

J’avais 12 ans, et nous habitions près de Barcelone avec ma famille. Ce fut un événement incroyable, nous sommes restés éveillés la moitié de la nuit. C’était irréel de voir ces images venues du halo, où des hommes en apesanteur sautillaient et avaient pris tant de risques pour y être arrivés. Tout semblait alors devenir possible. Mais allaient-ils bien revenir?

«Va vite mettre la télé…»

Gilbert Mahé, La Baule

En juillet 1969, en France. J’avais 25 ans et étais en vacances à La Baule en bord de mer, dans l’appartement de mes parents restés à Paris. Ma mère, veillant souvent tard, m’appela dans la nuit (vers 2h du matin?). Pour une fois je n’étais pas en discothèque mais je dormais.

Elle me dit: «Va vite mettre la télé…». Et je ne vis pas Tintin sur la Lune, mais les vrais astronautes. En noir et blanc, car le poste couleur était à Paris. Ce souvenir reste gravé par l’effet de surprise.

«Une immense clameur, et tout le monde fraternise»

Jean-Michel Larsen, Genève

L’été de mes 13 ans. Vacances en famille sur les côtes de Toscane à Castiglione della Pescaia. Une seule TV dans le coin et des dizaines de personnes agglutinées devant un tout petit écran à l’image pas très nette ni très fixe… Qu’importe, la magie est au rendez-vous et les Italiens, si volubiles d’habitude, ne pipent pas mot en buvant les paroles du commentateur et les quelques mots de l’équipage d’Apollo 11. Un incroyable silence, au moment où Neil Armstrong pose le pied sur le sol lunaire, même les cigales se sont tues, dans mon souvenir. Puis une immense clameur, et tout le monde fraternise avec la conscience d’avoir vécu un vrai moment d’histoire. Ce soir, pas possible de dormir et les parents me permettent de rester sur la plage pour fixer la Lune, où j’ai encore de la peine à croire que deux hommes se trouvent.


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