Presse-citron

Lectrices: pour aller mieux, roulez-vous donc dans le malheur des riches  

CHRONIQUE. Chaque semaine de l’été, notre chroniqueuse passe en revue le meilleur du pire de la presse féminine estivale. Aujourd’hui, le plaisir certain qu'affichent les magazines people à se rouler dans les larmes des gens plus riches que nous

Vous passez une mauvaise journée? Votre enfant vous a demandé, comme tous les jours depuis 2013, de lui chanter «Libérée, Délivrée»? Un astrologue vous a prédit une réincarnation en vers intestinal? L'avenir de la planète vous taraude? Pas de panique! La presse féminine, alliée de chaque instant, offre ces jours une solution de choix à l'insoutenable légèreté de l'être: LE MALHEUR DES AUTRES, EN LETTRES CAPITALES ET PHOTOS EXCLUSIVES.

RENAUD: PARALYSE PAR UN AVC! IL NE PEUT PLUS MARCHER SEUL! / JEAN-PIERRE  PERNAUT: CA VA TRES MAL! / PRINCE WILLIAM: «KATE EST PARTIE AVEC LES ENFANTS»! / MARC LAVOINE ATTEINT DE LYPEMANIE! (De quoi s’agit-il? «On s’en fout, ça sonne horriblement douloureux, balance la sauce!» / CHARLENE DE MONACO: ELLE A QUITTE ALBERT / JENNIFER ANISTON TERRASSEE PAR LA PERTE DE SES ENFANTS! (Elle n’en a jamais eus, mais pourquoi s’emmerder avec les faits: Panem + circenses + schadenfreude + points d’exclamation = success!

Après tout, du point de vue journalistique, la question est légitime en ces temps de disette: pourquoi informer les lectrices, alors qu’on peut se contenter de leur faire payer le goût pervers pour le malheur de gens plus riches qu’elles, en capitalisant sur les tréfonds de l’âme humaine? Ainsi, pour moins de 4 francs, un seul numéro de Oops!, aka «le petit rayon de soleil de la section presse féminine de nos kiosques locaux», satisfera les sadiques refoulées, frustrées de ne plus pouvoir mener leurs «expériences» sur leur cochon d’Inde depuis la mort de ce dernier pour des raisons indéterminées. 

Pas de jaloux: dans Voici, entre deux traits d’esprit dignes d’une mite («Une Gisèle Bündchen, c’est comme un ballon de foot américain, ça tient bien dans la main», p.20 / «Dans la catégorie QUINQUA AU TOP (ndlr: une catégorie, comme on l'a déjà vu ici, à part de tout le reste de l’humanité), Estelle Lefébure est maillot jaune», p. 22 du numéro 1655), vous aurez également tout le loisir de vous repaître de «LA TRISTESSE ET LA SOLITUDE DE LAETICIA HALLYDAY». «ELLE N’A JAMAIS ETE AUSSI SEULE!». Champagne! 

Mais cessons d’être réducteurs: la presse people, ce ne sont pas que des titres et des photos légendées avec la finesse d'un char de combat piloté par une autruche. Ce sont aussi des textes. «Laeticia cherchait du réconfort, mais la réalité l’a vite rattrapée (...) Ceux qui la croisent tous les matins au bar de l’Oubli, là où elle prend son café, voient bien qu’elle n’oublie pas, justement.». Sur ces trois pages de PHOTOS EXCLUSIVES: Laeticia Hallyday sur un yacht, Laeticia Hallyday dans l’eau turquoise de Saint Barth, Laeticia Hallyday se séchant le visage en combinaison de sport aquatique. Elle a l’air de tenter de s’en sortir, et même plutôt bien, mais nous ne sommes plus à ce détail prêt d’incohérence: «ELLE VA VRAIMENT FINIR PAR CRAQUER!». 

En bonus, une petite dose de malveillance est offerte dans Closer «EXCLUSIF: LAERICIA HALLYDAY EN PLEURS, L'HUMILIATION DE TROP». 

Et soudain, une réalisation: on n'est pas bien là, dans le silence des anonymes?

 

Explorez le contenu du dossier

Publicité