Presse-Citron

Lectrices: pour des lèvres pulpeuses, arrêtez de respirer

CHRONIQUE. Chaque semaine de l’été, notre chroniqueuse passe en revue le meilleur du pire de la presse féminine estivale. Aujourd’hui, les improbables conseils des rédactions pour celles qui ont le malheur d’avoir «des lèvres fines», et donc, forcément, l'«air triste et sévère»

Retrouvez ici la précédente chronique: 

Peut-on en finir avec le mythe de «la bombe de la plage», SVP?

Lettre ouverte aux lectrices qui ont le mauvais goût d’avoir des lèvres fines en 2019

Mesdames,

En vous levant le matin dans la tiédeur de l’aube, méditant les yeux mi-clos sur vos multiples to-do lists quotidiennes et passant en revue vos engagements professionnels, familiaux, amoureux, amicaux, sportifs (voire animaliers, si comme moi vous êtes l’heureuse propriétaire d’un chat qui vous montre l’étendue de son affection en vomissant un jour sur deux au pied du lit) – une question s’impose: pensez-vous assez à la mise en valeur de vos lèvres? Etes-vous bien certaine de ne pas avoir l’obligation morale de vous prendre la tête devant le miroir en vous demandant si vos commissures ne vous donnent pas l’air «triste et sévère», sombre lot des femmes de plus de 14 ans?

Si cette préoccupation majeure ne figurait pas, jusqu’ici, sur la première marche du podium de vos priorités, il est temps que cela change, à en croire la double page «Expertise» que Santé Magazine, «le féminin qui fait du bien», consacre au sujet. «Avec le temps, les lèvres se déshydratent et perdent du volume», nous informe le mensuel, photo à l’appui d’une jeune femme prépubère, déjà soucieuse du lourd fardeau que représenteront tout au long de son existence l’épaisseur de ses lèvres et le management de ses commissures. Bonne nouvelle, les «experts» paient leur tournée conseils, qui, nous promet-on, nous fera «retrouver le sourire».

Sortez les blocs-notes, le reste de votre vie peut bien attendre. D’abord, «on évite de respirer par la bouche, car cela déshydrate les lèvres et leur donne un aspect toujours sec» (p. 81). Tant qu’on y est, mieux vaut éviter d’utiliser son cerveau, car cela peut favoriser le vieillissement neuronal. On pense bien à «se mordiller les lèvres […] pour alimenter les cellules» et à «se pincer la peau autour de la bouche deux fois par jour», mais attention, «sans se faire mal», précise le bienveillant magazine.

«On élimine les rides verticales qui laissent filer le rouge à lèvres en réhydratant avec une injection d’acide hyaluronique». Puis «on donne un peu plus de volume […] avec un acide hyaluronique de réourlage injecté dans la peau», avant «d’intensifier l’arc de Cupidon» en «injectant de l’acide hyaluronique dans la muqueuse», une technique «qui rencontre un grand succès auprès des jeunes femmes», se réjouit-on. Pour remonter les commissures des lèvres, «des injections d’acide hyaluronique de remplissage» sont bienvenues, avant enfin de souligner les crêtes philtrales avec («guess what?!!») de l’acide hyaluronique de réourlage».

Certes, tout cela vous coûtera un rein, mais enfin pourquoi pensiez-vous que vous deviez trimer, si ce n’est pour pouvoir vous offrir une solution au problème crucial que, grâce à Santé Magazine, vous êtes désormais convaincue d’avoir? (On vous avait bien dit que ce dossier «vous redonnerait le sourire». Merci qui?)

N’oubliez pas l’essentiel, pour finir: «On décrispe la mâchoire: quand le bas du visage est crispé, les traits se durcissent et la bouche s’affine.» Or, s’offusquer, c’est si laid, pour une femme.

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