Histoire 

L’éducation sexuelle d’Anne Frank révélée

Des chercheurs ont dévoilé deux pages inédites du journal intime de l’adolescente juive, jusqu’ici recouvertes de papier kraft. Elles contiennent des réflexions sur la sexualité et des blagues à peine licencieuses 

Blagues salaces, réflexions sur la sexualité ou encore les prostituées: sur deux pages de son journal intime, Anne Frank a consigné ses émois d’adolescente. Des chercheurs viennent d’en déchiffrer le contenu, soigneusement dissimulé sous du papier kraft, grâce à une technologie de traitement de l’image. Ils ont d’abord photographié les passages à l’aide d’un rétroéclairage, puis ont utilisé un logiciel pour déchiffrer les inscriptions.

«Je vais utiliser cette page pour écrire des blagues salaces», notait la jeune fille juive le 28 septembre 1942. Pas question toutefois de risquer d’être découverte. Une phrase datée du 3 octobre 1942 prend aujourd’hui tout son sens: «Papa grogne à nouveau et menace de me prendre mon journal. Horreur des horreurs, à partir de maintenant, je vais le cacher.» 

«Ils partent ensemble»

Sur les deux pages jusqu'ici tenues secrètes: quatre blagues licencieuses et 33 lignes sur l’éducation sexuelle. A propos de la prostitution, Anne Frank écrit: «Tous les hommes, s’ils sont normaux, vont avec des femmes, des femmes comme ça, les accostent dans la rue, et ensuite, ils partent ensemble. A Paris, ils ont de grandes maisons pour ça. Papa y est allé.»

«J’imagine parfois que quelqu’un peut venir me voir et me demander de l’informer sur des questions sexuelles», consigne encore Anne Frank. «En campant une conversation avec un ami imaginaire, l’adolescente crée une sorte d’environnement littéraire pour écrire sur un sujet avec lequel elle n’est peut-être pas à l’aise», analyse Peter de Bruijn, chercheur senior à l’Institut Huygens pour l’histoire des Pays-Bas, qui a participé à la découverte.

Ecriture «désarmante»

Confinée dans une annexe secrète durant près de deux ans, la jeune fille juive a utilisé son journal pour briser l’ennui du quotidien. «Anne Frank écrit sur la sexualité de manière désarmante, a déclaré Ronald Leopold, directeur de la Maison d’Anne Frank, lors de la conférence de presse organisée mardi à Amsterdam. Comme toute adolescente, elle s’interroge sur ce sujet. Elle souligne l’importance d’avoir une éducation sexuelle complète et de qualité et ne pas comprendre pourquoi les adultes étaient si discrets sur le sujet.» La fondation a précisé que l’adolescente avait «glané des informations au sujet de la sexualité auprès de ses parents, surtout de son père, de son amie Jacqueline et aussi dans des livres».

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Sur Twitter, la révélation des pages secrètes divise les internautes. «Qu’on laisse Anne Frank tranquille, lance @ManentChristia1. Dans un journal intime, il y a «intime». On lui a ôté la vie, on ne va pas maintenant faire de l’argent sur sa courte existence. Un peu de respect. Paix à son âme.» Certains s’interrogent même sur la légitimité du procédé. «Si elle avait caché ces pages, ce n’était pas pour qu’elles soient lues par le monde entier, estime @Gaugain_A. Peut-on publier sans accord de l’auteur? Pour moi, c’est NON!»

Anne, «la jeune fille»

De son côté, la Maison d’Anne Frank a défendu sa décision de diffuser ces nouveaux textes en expliquant que «pendant des décennies Anne est devenu un symbole mondial de l’Holocauste». Anne, «la jeune fille», a quant à elle été «reléguée au second plan». Les nouveaux passages «ramènent au premier plan la curieuse et, à plusieurs égards, précoce adolescente».

Passages censurés

Lors de la première publication du journal en 1947, certains passages avaient déjà été censurés par le père de l’adolescente, Otto Frank. L’un d’eux relate son premier flirt avec Peter, ce jeune homme qui partage la cachette familiale: «Je crois que je sens en moi le printemps. J’ai remarqué que Peter n’arrêtait pas de me regarder d’une certaine façon», écrit Anne Frank en 1944 avant de s’interroger plus loin: «Est-ce bien de céder si vite? […] Je ne connais qu’une seule réponse, j’en ai tellement envie, depuis si longtemps…»

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