On ne compte plus les révélations sur les cas de pédophilie au sein de l’Eglise catholique et de ses institutions. Mais les réponses de la hiérarchie ecclésiastique et du Vatican ne sont pas toujours à la hauteur, critique la presse européenne.

«Confronté à une vague de scandales sexuels dans l’Eglise catholique, le pape Benoît XVI a du mal à réagir. Mais cela fait des décennies que le Vatican a du mal à réagir, et c’est bien là le problème», écrit Courrier international. Si le mal sévit un peu partout, «c’est bien parce que le double malin de nombreux prêtres était plus fort et plus dynamique que l’Eglise, tombée dans l’inertie». Même si «tout rapport de force peut inciter celui qui la détient à abuser de sa position. Les abus sexuels se produisent par conséquent dans toutes les institutions, organisations et milieux», indique le quotidien néerlandais Trouw, d’orientation chrétienne. Et en Pologne, Rzeczpospolita estime que «la thèse, publiée dans les médias, selon laquelle la pédophilie est un crime commis par l’Eglise et qu’elle est caractéristique des religieux, est un pur mensonge. La théorie selon laquelle tout cela est lié au célibat est considérée comme absurde par les experts.» Alors, la faute au célibat, oui ou non? C’est exactement la question que pose ce mardi soir le débat d’ Infrarouge, sur la TSR, à 22h30.

Reste que l’on se trouve «en pleine tourmente», analyse le quotidien madrilène El País, qu’a lu le site Press­europ. D’où «l’impression de trahison ressentie par tant de personnes honnêtes, qui se rattachent à leur foi malgré des décennies de scandales», estime l’Irish Examiner, cité et traduit par le site Eurotopics: «Il est ironique que la foi de tant d’individus n’ait pas été détruite par le sécularisme si fustigé par l’Eglise, mais plutôt par une institution incapable de se réformer ou de comprendre qu’elle avait des obligations autres que les siennes propres. Le sécularisme a révélé le mal protégé par l’Eglise, mais l’Eglise se détruit elle-même.» Car elle «n’a pas été plongée dans une crise de confiance parce qu’elle constitue un groupement de délinquants sexuels», commente la Süddeutsche Zeitung, «elle est en crise parce qu’elle se lamente encore trop sur son sort au lieu d’aider les victimes, au moyen par exemple d’un fonds de dédommagement».

«Les faits sont tellement graves qu’aucun commentaire ne semble à la hauteur», se risque pourtant à commenter La Stampa, qui se livre à une démonstration sur le thème de Dr Jekyll & Mr Hyde. Et de regretter qu’«on déplore souvent le mal, mais qu’on ne dit rien de ses racines, ni de la médiocrité qui a permis à l’infamie de se développer; on a préféré dissimuler au lieu de faire éclater la vérité». Comme en Irlande, qui «n’en a pas fini avec les viols d’enfants commis par des hommes d’Eglise depuis des années et la façon dont la hiérarchie les a couverts», analyse l’Irish Times.

Les ecclésiastiques coupables doivent donc démissionner, écrit le Guardian, pour lequel «l’Eglise elle-même a subi un dommage moral et politique important par sa position selon laquelle il ne revenait pas à la société laïque de juger les actes des prêtres»: «Elle doit exprimer son désaveu public, ferme et irrévocable», selon lui. Elle est «dorénavant contrainte de reconnaître que le sexe… fait partie des préoccupations de ses prêtres», indique plus prosaïquement Le Soir de Bruxelles. Et de ses nonnes, puisque le quotidien néerlandais De Telegraaf a publié le témoignage d’un ancien élève d’une école de religieuses, faisant cas d’abus commis lorsqu’il avait 11 ans.

Quant à la lettre pastorale de samedi où le pape Benoît XVI a reproché à l’Eglise irlandaise d’avoir commis des «fautes graves» dans les affaires d’abus sexuels, elle déçoit les commentateurs. Pour le quotidien tchèque Lidové noviny, il s’agit «d’autres thèmes que l’avortement, les préservatifs ou le célibat. Il s’agit d’affaires pénales», que les citoyens comprennent «d’un point de vue social et juridique, et moins d’un point de vue théologique. Mais pour quelles raisons cette lettre «générale» n’est-elle adressée qu’aux Irlandais?» Décidément, selon le Standard autrichien, le pape «n’a rien compris ou ne veut rien comprendre».

En Allemagne, les révélations en série conduisent à une «indignation générale», qui mènera l’Eglise catholique «à devenir plus humaine. Elle n’aura d’autre choix que de redéfinir le sens de l’autorité spirituelle», écrit pour sa part avec espoir la Tageszeitung de Berlin. Mais elle «semble impuissante, réagissant avec énervement», déplore pourtant le Spiegel. Ce, alors que cette Eglise est fustigée par la ministre de la Justice allemande, qui l’a vertement critiquée, indique La Repubblica, et qu’elle n’a pas d’excuses, sachant que «nombre de pédophiles commettent leurs premiers abus au cours de leur jeunesse», rappelait déjà en 2007 le New Statesman de Londres. Qui livrait alors une intéressante analyse psychologique du phénomène: «Les traiter donne de bons résultats, prétendait-il. Encore faut-il les identifier suffisamment tôt.»