Verra-t-on batifoler des chevaux sur les pelouses de la Maison-Blanche? Oui, si Mitt Romney gagne la présidentielle. C’est en tout cas ce qu’a promis Ann, son épouse à la crinière bai toujours parfaitement brossée, elle qui se pique de dressage et d’équitation. Bon. Et si son Mitt remporte les élections, Ann continuera-t-elle à cuisiner des cookies, comme elle le fait compulsivement et publiquement depuis qu’elle est entrée en campagne, brûlant parfois, en live, ses pâtisseries?

Comparer Ann Romney à un robot ménager, c’est d’un convenu, me direz-vous. Yes. Mais tout, dans le face-à-face des deux épouses des candidats, ne ressemble-t-il pas à un jeu de téléréalité, avec ses finalistes cornaqués pour être réductibles à deux caricatures bipolaires?

La vie d’Ann R., justement, que je vous laisse le soin, lecteur majeur, vacciné et cultivé, de lire comme l’opposé de celle de Michelle O. Ann est née d’une famille d’immigrés plutôt anticléricale (tiens, tiens), vite montée dans l’échelle sociale. Comme dans une comédie musicale, à 15 ans, Ann étudie dans une école de filles. Alors que Mitt fréquente l’établissement des garçons, en face. Il est fils de gouverneur. Elle est la fille du maire. Il lui fait la cour. Elle résiste. Il insiste. Elle cède. Il part en Europe. Elle rompt. Il revient. Elle retombe dans ses bras, se convertit pour épouser, à 19 ans, son mormon de fiancé. Ils vivront soi-disant heureux avec beaucoup d’enfants (5 garçons, 18 petits-enfants). Seule aspérité: elle sera la première du couple à être élue (conseillère municipale à 27 ans). Avant, dit-on, de pousser Mitt en politique.

Ces dernières semaines, Ann et son fils aîné Tag ont écumé meetings et plateaux télévisés. Mission: humaniser l’image de Mitt, jugé froid, pour conquérir l’électorat féminin plus enclin à voter Obama. Ann a raconté sa sclérose en plaques et son méchant cancer, et la sollicitude de son mari. Alors que Michelle est toute de convictions déployées et de présence galvanisante, Ann se fait plus effacée et modeste, révélant un jeu de voix subtil pour raconter quel père est son Mitt. Elle a dit et redit ses débuts de mère débordée qui, pour être sûre d’arriver au culte à l’heure, couchait ses cinq fils tout habillés. Ou qui, fauchée, dressait la table sur la planche à repasser…

Ann la housewife contre Michelle l’émancipée? Of course. La première étant censée féminiser un Mitt trop plein de testostérone, et la seconde raffermir un Barack jugé parfois trop empathique. Ann le bâton, Michelle la boussole. Ann la fifille. Michelle la cheftaine. Sauf que pas seulement. Toutes les deux, à égalité, ont tweeté, martelé, mis en scène et étalé leur amour conjugal, l’importance des sentiments, la primauté du cœur. Bienvenue dans une élection où la guerre des émotions remplace, presque, celle des religions; où le couple matriciel constitué de Jackie et de John K. se trouve décliné jusqu’au paroxysme.

Peuple américain, qui accepteras-tu de prendre pour époux: Mittann ou Barachelle?