C'est en investissant dans la formation des enseignants et l'intégration des enfants de migrants que la Suisse rendra ses écoles plus performantes. Telles sont, en bref, les conclusions d'une thèse de doctorat récemment soutenue avec succès* par Muriel Meunier, assistante de recherche à la Haute Ecole de gestion de Genève.

Alors que l'OCDE publie sa nouvelle étude PISA, les scientifiques approfondissent celle qui, en 2000, avait révélé les résultats décevants de la Suisse. Le bon côté de la chose est que PISA a stimulé l'analyse économique de la «production éducationnelle» - en clair, la recherche d'une allocation des ressources plus efficiente dans le domaine scolaire.

Muriel Meunier opte pour l'approche multifonctionnelle des variables influençant les résultats scolaires. Elle constate notamment que les écoles possédant un fort pourcentage d'enseignants dont le niveau de formation correspond à un degré universitaire réalisent des scores supérieurs à la moyenne d'environ 10%, quelle que soit la matière considérée. «Cela tend à confirmer que la formation des enseignants est un poste important si on veut améliorer les résultats», dit-elle.

Les classes sont devenues plus hétérogènes à cause de la proportion plus élevée d'élèves de familles immigrées (14% en 1980, 21% en 2000). L'étude PISA 2000 montre que les jeunes immigrés réalisent en moyenne un score en lecture nettement moins bon que les autochtones. En analysant ces données plus finement, Muriel Meunier observe que le fait de ne pas parler la langue du test à la maison n'a pas d'impact négatif plus important pour les immigrés que pour les natifs. «On pouvait s'attendre à ce que ce facteur pénalise plus lourdement les immigrés, commente la chercheuse. Il semblerait que ce n'est pas la langue en tant que telle qui représente le handicap décisif, mais d'autres variables de leur milieu socioculturel.»

L'influence de la commune

Ces dernières ne sont pas simples à cerner. L'analyse empirique indique que 60% du différentiel de scores en lecture entre autochtones et immigrés provient de différences entre les caractéristiques moyennes de chaque groupe (partie dite «expliquée»), ce qui laisse 40% de part inexpliquée. Les résultats indiquent aussi que les immigrés semblent bénéficier davantage que les natifs d'un enseignant qualifié. Enfin, plus les élèves sont performants en lecture, plus l'écart entre natifs et immigrés diminue.

Muriel Meunier s'est aussi intéressée à l'influence des caractéristiques de la commune sur les résultats de 156 écoles secondaires, sachant que la Suisse représente un laboratoire intéressant par son haut degré de décentralisation. Les chiffres indiquent que le degré moyen d'efficience tend à augmenter avec la taille de l'établissement. Quant aux facteurs exogènes, la chercheuse relève l'impact de certaines caractéristiques de la commune (par exemple, le pourcentage de logements dont le propriétaire est un particulier) sur la performance des écoles.

«Une des façons d'améliorer leur efficience pourrait être une politique visant à réduire les problèmes de ségrégation résidentielle, commente Muriel Meunier. Cet exemple montre que l'allocation des ressources peut se faire à différents niveaux: l'école mais également le quartier ou la commune.» La thèse confirme le constat que la décentralisation d'un bien public (en l'occurrence l'école) tend à accroître le degré de ségrégation socio-économique entre les communes.

«Seule une évaluation annuelle au niveau national permettrait un réel suivi de la performance des écoles suisses», plaide Muriel Meunier en conclusion. Un identificateur accompagnant les élèves d'une classe à l'autre, d'une filière à l'autre, d'un établissement à l'autre pendant tout le cursus scolaire serait également précieux. L'Office fédéral de la statistique est en train de mettre sur pied un tel outil. Mais l'accès à des données permettant d'utiles comparaisons reste un problème en Suisse.

* Analyse économique de la production éducationnelle. Le cas de la Suisse, Muriel Meunier, thèse de doctorat présentée à la faculté des Sciences économiques et sociales de l'Université de Genève, oct. 2007.