Une flottille d’avions et de navires doit commencer aujourd’hui, au milieu de l’Atlantique, le difficile travail de récupération des débris de l’Airbus A330 d’Air France, mais l’espoir de localiser les boîtes noires paraît mince.

Une coopération internationale

Douze avions brésiliens, français et américains, sont mobilisés, ainsi que plusieurs navires, pour repérer les débris de l’appareil qui s’est abîmé dans la nuit de dimanche à lundi avec 228 personnes à bord, à environ 1000 km de la côte brésilienne.

Cinq navires de la Marine brésilienne se dirigent vers les lieux. Le premier, un patrouilleur, est arrivé mercredi, alors que trois navires marchands, l’un français et les deux autres néerlandais, étaient déjà dans la zone.

La France a aussi décidé de dépêcher sur place son navire de recherche et d’exploration sous-marine «Pourquoi pas», équipé de deux robots sous-marins, afin de tenter de repérer l’épave et les «boîtes noires» (enregistreurs).

Une pièce «apparemment métallique» de 7 mètres de diamètre, a déjà été repérée cette nuit par les avions brésiliens.

Les orages du front tropical du début de la semaine se sont calmés et les conditions météo se sont améliorées, permettant de meilleures conditions de recherche, dit-on à Dakar où un avion radar Awacs a été engagé depuis une base militaire française.

Base opérationnelle avancée

La base opérationnelle avancée pour les recherches a été installée sur l’archipel de Fernando de Noronha, situé à 360 km de la côte brésilienne et à 650 km de la zone du crash de l’Airbus, et où le minuscule aéroport a été pris d’assaut par les journalistes venus du monde entier mais en particulier d’Allemagne, du Brésil et de France, les pays dont sont originaires la majorité des victimes de la tragédie.

Des médecins légistes brésiliens sont aussi présents à Noronha pour recevoir et éventuellement identifier les corps qui pourraient être repêchés, avant qu’ils soient transportés à l’Institut médico-légal de Recife.

Les recherches se concentrent sur un rayon de 200 km à partir de la dernière localisation de l’Airbus, a indiqué le ministre de la Défense Nelson Jobim qui a souligné qu’«aucun corps n’a été trouvé et qu’on n’a vu aucun indice de survivants», lors d’une conférence de presse à Brasilia.

El Mundo et la piste a priori exclue de l’attentat

Alors que la disparition brutale de l’Airbus est toujours inexpliquée, M. Jobim a pratiquement exclu l’hypothèse d’un attentat, estimant qu’une explosion de l’avion était «improbable» en raison de la présence de carburant à la surface de l’océan. Interrogé sur la possibilité d’un attentat, le ministre de la Défense a déclaré qu’«il n’y avait aucun signe» pouvant le laisser penser.

Cependant, un commandant de bord de la compagnie espagnole Air Comet qui volait entre Lima et Madrid non loin de la zone du crash du vol Rio-Paris d’Air France, a témoigné avoir vu un «intense éclat de lumière blanche», rapporte ce jour le quotidien El Mundo.

«Soudain, nous avons observé au loin un éclat fort et intense de lumière blanche, qui a suivi une trajectoire descendante et verticale et qui s’est dissipé en six segments», écrit le pilote. Une passagère aurait vu la même chose.

Pour le journal, «le rapport du pilote met sur la table une des hypothèses écartées comme cause de l’accident: l’explosion d’une bombe à bord de l’avion».

Toutefois, poursuit El Mundo, les six derniers messages d’alerte automatique émis par l’Airbus entre 2h10 et 2h14TU au centre de maintenance d’Air France à Paris,» indiqueraient plutôt un enchaînement de type «situation upset» où «le pilote perd le contrôle de l’avion par des pannes dans les équipement de navigation» en raison de «graves turbulences».

Des boîtes noires difficiles à retrouver

Les experts français du Bureau d’enquêtes et analyses (BEA), chargé de l’enquête, ont fait état hier de leur scepticisme sur la possibilité de retrouver les «boîtes noires», qui peuvent reposer à quelque 4000 m de profondeur. Jamais jusqu’ici il n’a été possible de récupérer des boîtes noires à cette profondeur, a rappelé le ministre français des Transports Jean-Louis Borloo hier.

Les 228 personnes qui se trouvaient à bord de l’avion étaient de 32 nationalités. Parmi elles, il y avait 72 Français, 59 Brésiliens et 26 Allemands. Air France a rendu publique dans la nuit de mercredi à jeudi une liste de 53 des 59 passagers brésiliens.

Cérémonies

La France a rendu mercredi un hommage solennel à ces victimes avec un office œcuménique en la cathédrale Notre-Dame de Paris en présence du président Nicolas Sarkozy, de son épouse Carla Bruni-Sarkozy et des principales personnalités politiques du pays.

Une cérémonie similaire doit être organisée aujourd’hui à Rio de Janeiro. Les ministres français et brésilien des Affaires étrangères, Bernard Kouchner et Celso Amorim, devaient y assister, alors que le Brésil a décrété trois jours de deuil national.