James Cameron a-t-il des dons d'extralucide? La question se pose, tant son film Titanic semble rattraper la réalité. Quinze ans après la découverte de l'épave du paquebot géant, une expédition sous-marine vient en effet de démarrer avec pour mission de remonter à la surface un trésor disparu en même temps que 1500 passagers, le 14 avril 1912. RMS Titanic, la société américaine bénéficiaire des droits d'exploitation sur l'épave, a jeté son dévolu sur une véritable mine de diamants qu'elle évalue à plus de 300 millions de dollars. Des diamants que deux frères – des Suisses – ramenaient à New York au moment du naufrage.

RMS Titanic s'attend aussi à sortir des entrailles du navire une collection de statuettes en bronze, une foule d'objets d'art tous plus précieux les uns que les autres, une cargaison de vins français destinée à un hôtel new-yorkais, les deux premiers appareils de radio Marconi jamais construits, ainsi que la fameuse Renault de 1912 offerte aux ébats amoureux des deux héros du film de Cameron.

Pour parvenir à ses fins, RMS Titanic a engagé de gros moyens. La société a dépêché trois bateaux à 640 kilomètres des côtes sud de Terre-Neuve, à la verticale de l'épave. Comme le soulignait mercredi le quotidien Le Figaro, les Américains se passent cette fois-ci des services des Français qui avaient visité le ventre du Titanic à l'aide d'un robot télécommandé en 1998. En plus de l'opérateur Oceaneering, RMS Titanic fait appel à une équipe de l'Académie des sciences russe et son navire de recherche Akademik. Les recherches en grandes profondeurs se font à l'aide de ses deux sous-marins Mir-1 et Mir-2 et d'un volumineux robot muni de deux bras télescopiques, le Magellan 725. Commandé à partir de l'un des deux submersibles, ce dernier doit explorer la partie avant du Titanic, et notamment la cale 2, censée regorger de valeurs.

Entre 1987 et 1998, RMS Titanic a récupéré quelque 5000 objets aux abords de l'épave reposant par quatre mille mètres de fond. Cinq mille objets, mais seulement 5% de la richesse du Titanic. Dorénavant, elle plonge sa main avide dans le ventre même du navire. Et le temps presse, estime la société. «Nous pouvons voir grâce à des analyses scientifiques que le bateau se détériore à très, très grande vitesse. L'océan mange littéralement le Titanic, a récemment déclaré à la BBC Michael Harris, fondateur de RMS Titanic. C'est une course contre le temps pour récupérer des choses et les ramener à la surface avant qu'elles ne soient perdues à jamais.»

La course contre le temps est aussi une course à l'argent. RMS Titanic a en effet annoncé à ses actionnaires qu'elle était prête à vendre «tous les objets n'ayant pas un intérêt historique ou archéologique». Dont les diamants, bien sûr.

Jusqu'ici, la société américaine cotée en Bourse se finançait par des expositions itinérantes. Mais, l'an dernier, son ex-patron a fait les frais de propriétaires devenus financièrement gourmands. En rompant avec ses bonnes habitudes, RMS Titanic s'attire les foudres de nombreux observateurs, au nombre desquels le découvreur de l'épave lui-même. Pour Robert Ballard, le Titanic doit rester un mémorial. A ses yeux, RMS Titanic profane un tombeau et agit en pirate.

L'épave du Titanic se trouve dans les eaux internationales. Son ancien propriétaire ayant disparu, c'était à qui en prendrait possession le premier. Mais, pour le droit américain, le Titanic reste un sanctuaire maritime. D'où interdiction expresse de vendre à des collectionneurs les objets recueillis à son bord. Vendredi dernier, le juge fédéral J. Calvitt Clark a réaffirmé cette noble vérité. Il a interdit dans le même temps toute perforation de la coque de l'épave, démontrant par là son opposition à de nouvelles fouilles. Mais RMS Titanic a déjà la tête sous l'eau. Elle poursuivra ses recherches, si l'on en croit James Cameron.