Il y a les faux pulls Lacoste et les faux sacs Vuitton. Moins connus, il y a aussi les faux médicaments. Selon Pharmaciens sans frontières (PSF), la contrefaçon pharmaceutique explose dans tous les pays pauvres, où elle se taille une part de marché de près de 30% avec des pointes de 80%. L'Amérique latine, l'Asie du Sud-Est, l'Afrique sub-saharienne sont inondées ainsi que beaucoup d'ex-républiques soviétiques.

Si la Chine et l'Inde demeurent de loin les premiers pourvoyeurs, des réseaux criminels organisés sont désormais actifs partout à travers le monde, souvent protégés par des personnages influents. Et pour cause: le trafic des médicaments serait 25 fois plus lucratif que le commerce de l'héroïne et cinq fois plus que celui des cigarettes. «Les techniques de production et d'emballage de ces médicaments frauduleux sont de plus en plus sophistiquées, même les pharmaciens sont incapables de distinguer le vrai du faux sans une analyse chimique des produits», commente Ghislaine Soulier, de PSF.

Au mieux, leurs molécules n'ont aucun effet thérapeutique, au pire elles sont mortelles. PSF rappelle qu'au Niger en 1995, 2500 personnes sont mortes après injection de faux vaccins contre la méningite. La consommation d'un sirop contre la toux contenant de l'antigel a provoqué 30 décès de nourrissons en Inde en 1998. Les faux médicaments auraient fait près de 400 000 morts en Chine depuis 2001. Mais faute de choix, les populations continuent à acheter leurs médicaments auprès de vendeurs de rue, «à la fois médecins prescripteurs et pharmaciens alors que 80% d'entre eux ne savent pas lire». L'Organisation mondiale de la santé (OMS) a lancé à Bonn la semaine passée un tout premier plan mondial visant à renforcer les législations nationales. L'OMS regrette que les systèmes juridiques de la plupart des pays ne considèrent pas la contrefaçon de médicaments comme un crime plus grave que celle de sacs ou de montres. «L'objectif est de faire admettre aux pays qu'il s'agit d'un crime contre la sécurité humaine et de leur introduire ce principe dans leur législation», a déclaré Howard Zucker, de l'OMS. PSF juge cette initiative louable mais insuffisante «car il n'est fait nulle part du manque de médicaments dans les pays pauvres». « Les seules actions qui peuvent porter un coup fatal à la contrefaçon sont celles qui s'attellent à combler la demande, insiste Ghislaine Soulier. Il faut aborder ce problème dans le contexte de la paupérisation accélérée d'une grande partie de la population mondiale qui, pour survivre, a recours à des systèmes parallèles.» PSF observe que les pays nantis bénéficient de 90% de l'offre en médicaments contre 10% donc, pour les pauvres, alors que ceux-ci sont les plus demandeurs.

Les pays riches sont à leur tour attaqués. L'Organisation mondiale des douanes chiffre à près d'un million le nombre de médicaments contrefaits saisis aux frontières européennes l'an passé. Et selon l'OMS, la moitié des médicaments en vente sur Internet sont contrefaits. L'organisation dénonce les nombreuses pharmacies en ligne illégales, et qui n'exigent aucune ordonnance.