Sport 

Avec l’équipe féminine de hockey: «Merci de laisser les préjugés aux vestiaires»

Giorgia Bazzuri, photographe tessinoise de 25 ans, a plongé dans le quotidien de l’équipe féminine de hockey sur glace dans une série qui questionne nos préjugés sur «les sports de filles» et l’intérêt qu’on leur accorde

Le vendredi 14 juin a lieu la deuxième grève des femmes de l’histoire suisse. Le Temps publie une série d’articles sur les enjeux mis en lumière par cette mobilisation.

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La question n’est pas nouvelle et pourtant la réponse se fait attendre: faut-il vraiment parler de sport féminin? Pourquoi le masculin est-il considéré comme neutre, comme l’option «par défaut»? Et si l’on précise le genre dans un cas, ne devrait-on par le préciser dans l’autre? En attendant que la langue s’ajuste aux questions inhérentes à l’époque, il reste l’art. Partant de ce constat, la jeune photographe tessinoise Giorgia Bazzuri a décidé de suivre l’équipe féminine de hockey de Lugano pour sa série Body Checking Not Allowed («Charge avec le corps non autorisée»), référence au fait que l’action vaut une pénalité pour les équipes de dames, alors que les charges sont autorisées dans les équipes masculines.

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«Moi-même, je ne joue pas au hockey sur glace, mais l’idée de cette série m’est venue en réfléchissant aux stéréotypes de genre qui nous forgent au point d’influencer nos choix d’études, nos choix de sports, et même notre façon de vivre notre sexualité. La socialisation différenciée, c’est-à-dire l’éducation si différente entre petits garçons et petites filles, forge notre façon à tous d’appréhender le monde et de percevoir la réalité.»

C’est en apprenant que les joueuses du HC Lugano n’étaient pas rémunérées, «alors qu’elles jouent quand même dans l’équivalent féminin de la National League, la Swiss Women’s Hockey League A, qui dépend de la Fédération suisse de hockey», que Giorgia Bazzuri décide de se pencher sur elles. «J’ai réalisé à quel point elles étaient invisibles. Alors que certaines ont participé aux Championnats du monde et aux JO avec l’équipe nationale, aucune n’a pu devenir une athlète à temps plein.»

Ce qui intéresse la Tessinoise, ce sont les contrastes. «D’un point de vue esthétique, on a tendance à voir les femmes plutôt comme objets que comme sujets, et bien souvent la société les met en scène dans une forme de délicatesse, de douceur. Là, j’ai eu envie d’opposer les clichés à la réalité des vestiaires, pour qu’on y laisse les préjugés. Cette série met en évidence leur puissance, leur engagement, la détermination et leur passion, malgré les difficultés et le manque d’intérêt du public. Leur persévérance malgré l’important manque de moyens pour les faire émerger. Elles ont été pour moi une véritable source d’inspiration.»

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