«L'homme a besoin de Dieu, autrement, il reste privé d'espérance.» C'est sans doute la phrase clé de la deuxième encyclique de Benoît XVI, rendue publique hier au Vatican. Intitulée Spe Salvi, elle offre à la fois une étude théologique et une méditation spirituelle sur l'espérance chrétienne et les fins dernières. Avec ce texte de 80 pages, le pape poursuit sa réflexion sur les vertus théologales (la charité, l'espérance et la foi) commencée dans sa première encyclique, Deus Caritas Est, publiée en janvier 2006. Benoît XVI manifeste ainsi une fois de plus sa volonté de consolider les fondations de la foi chrétienne, une préoccupation qui apparaît désormais comme la signature majeure de son pontificat. Il se distingue ainsi de ses prédécesseurs du XXe siècle, qui ont souvent publié des encycliques à caractère politique ou social.

Dans son texte, le pape se lance dans une critique des fausses espérances que sont selon lui la science, la foi dans le progrès et les révolutions politiques pour donner toute sa mesure à la grande espérance, celle qui conduit les hommes au-delà de la mort dans la vie éternelle. Les temps modernes ont fait grandir l'espérance de l'instauration d'un monde sinon parfait, du moins meilleur. Le règne de la raison a été perçu comme la possibilité du dépassement de toutes les dépendances de l'homme et la condition d'une humanité devenue totalement libre. Mais l'espoir que la raison et la liberté préparaient l'avènement d'un nouvel homme et d'un nouveau monde s'est effondré au XXe siècle, observe-t-il.

La pensée de Karl Marx et la révolution prolétarienne figurent parmi les principales étapes de cet échec. «Marx n'a pas seulement manqué de penser les institutions nécessaires pour le nouveau monde [...]. Il a oublié que l'homme demeure toujours homme. Il a oublié l'homme et il a oublié sa liberté. Il a oublié que la liberté demeure toujours liberté, même pour le mal.» En cela, le progrès reste ambigu aux yeux du pape. S'il n'est pas accompagné par un progrès dans la formation éthique de l'homme, alors il peut se révéler dangereux.

De même, l'homme ne sera pas sauvé par la science, écrit-il. Elle peut certes contribuer à l'humanisation de l'humanité et du monde, mais elle peut aussi les détruire. L'homme peut avoir de multiples espérances: l'amour, la richesse, la réussite professionnelle. Quand bien même il les réaliserait toutes, un vide subsistera en lui. «Il paraît évident que l'homme a besoin d'une espérance qui va au-delà. Il paraît évident que seul peut lui suffire quelque chose d'infini, quelque chose qui sera toujours plus que ce qu'il ne peut jamais atteindre», écrit le pape. Quelque chose qui le restaurera après sa mort.

Mais qu'est-ce que la vie éternelle? Selon Benoît XVI, elle n'est pas une succession ennuyeuse et interminable des jours du calendrier, «mais quelque chose comme un moment rempli de satisfaction, dans lequel la totalité nous embrasse et dans lequel nous embrassons la totalité. Il s'agirait du moment de l'immersion dans l'océan de l'amour infini, dans lequel le temps - l'avant et l'après - n'existe plus.»

Dans son encyclique, le pape se livre également à la critique d'un certain christianisme moderne qui a privilégié l'individualisme dans la quête du salut. Aux yeux de Benoît XVI, l'espérance chrétienne ne peut jamais être pour soi seul. Elle implique d'aider les autres à parvenir au salut, et doit donc être active. Le pape propose trois lieux «d'apprentissage et d'exercice de l'espérance». Le premier est l'école de la prière, conçue comme «un processus de purification intérieure». Le second est la souffrance. Il est impossible de l'éliminer. Chercher à l'éviter ou à s'y soustraire ne conduit qu'à une existence vide de sens. «Il est important de savoir ceci, écrit lepape: je peux toujours encore espérer, même si apparemment pour ma vie ou pour le moment historique que je suis en train de vivre, je n'ai plus rien à espérer.»

Le troisième lieu d'apprentissage est le Jugement final et la rencontre avec le Christ. Benoît XVI écarte toute image terrifiante de ce Jugement. C'est un moment qui appelle l'homme à la responsabilité, dit-il, car toute fausseté s'évanouit. Son péché apparaît en pleine lumière, mais ne le marque pas définitivement. La rencontre finale avec le Christ s'effectue «à travers une brûlure qui transforme» et libère l'homme.

A la fin de son encyclique, le pape invite l'humanité à porter son regard sur Marie, «étoile de l'espérance» «qui par son «oui» ouvrit à Dieu lui-même la porte de notre monde».