PRESSE-CITRON

L'été s'achève, mais rassurez-vous, le pire de la presse féminine reste

CHRONIQUE. Chaque semaine de l’été, notre chroniqueuse a passé en revue le meilleur du pire de la presse féminine estivale. Pour ce dernier épisode, un récapitulatif des «basiques», des «essentiels de la rentrée», des «must-remember 2019»

Eh oui, Mesdames et Mesdames: l’été touche à sa fin, cette série de chroniques aussi. Il était temps que ça s’arrête – je commençais à lire un peu trop assidûment mon horoscope. Poissons? Accrochez-vous: «Ça va bof bof! Un collègue vous gâche la reprise et au lieu de l’envoyer paître, vous somatisez» (Closer)/«Il est probable que vous serez abordé par des membres de ces multiples sectes religieuses, qui cherchent souvent à embrigader des gens seuls ou désorientés. Ne vous laissez pas prendre au piège: votre liberté est en jeu» (Cosmopolitan).

En attendant de plonger dans les méandres du doute et des dérives sectaires, il me reste quelques certitudes, après deux mois de lecture du meilleur du pire de la presse féminine. Voici «les basiques», «les essentiels de la rentrée», les «must-remember 2019»:

  • Acceptons-nous juste comme nous sommes – surtout si nous sommes minces et fermes

Femmes de 14 ans: le monde vous appartient. Les autres: lâchez prise, réalisez-vous et prenez confiance en vous! Mais attention, pas trop – on ne voudrait pas non plus que vous dépensiez votre temps, votre argent, votre énergie à essayer de faire autre chose que de ressembler à une femme blanche beaucoup plus mince, beaucoup plus ferme, qui secoue nonchalamment sa crinière en bikini sans jamais rentrer le ventre (elle n’en a pas) pour mieux plaire. Ou pire: à lire et à réfléchir. Pourquoi imiter Virginia Woolf, toute seule comme une loseuse dans «sa chambre à elle», alors qu’elle n’avait probablement même pas de miroir au mur?! 

  • Vieillissons le moins possible, le plus longtemps possible, et joignons-nous gaiement aux vannes sexistes sur nous-mêmes en applaudissant les injonctions contradictoires

S’injecter plein d’acides aux noms qui riment avec «barbiturique» pour «des lèvres pulpeuses», «des pommettes sexy» ou «contre le relâchement du visage» à partir de 20 ans, c’est une idée formidable: la presse féminine vous le dit, vous le répète depuis dix ans. Mais attention, une de trop et vous serez la risée des mêmes magazines qui vous les ont conseillées.

En la matière, le magazine Closer est un cas d’école: on lui doit un «CLASSEMENT DES CORPS DES FEMMES» qui confine au sublime, mais il trouve parfaitement cohérent de tourner en ridicule les femmes qui, justement, ont choisi de tenter les injections anti-âge. Cette semaine (numéro 44, p. 42-43) un article du meilleur goût intitulé «Les injections, ça suffit!» analyse avec la bienveillance d'un AK-47 «les joues de hamster», «le visage bouffi» et «le front d’extraterrestre» de sept femmes âgées de 33 à 70 ans. Conclusion: riez plus fort que les autres quand on vous dira que vous ressemblez à Chucky – de toute façon, quoi que vous fassiez, vous avez tort puisque vous vieillissez et que, c’est bien connu, c’est interdit.

  • Nous vivons dans une société profondément sexiste, pourquoi la changer quand il est tellement plus simple d’y contribuer?

Il faut quand même le dire: certains grands titres de presse ont saisi le virage sociétal des dernières années (avec une dose d’opportunisme variable, mais peu importe). Ils sont cependant encore nombreux – surtout lorsqu’ils sont estampillés «Santé des femmes» – à se rouler dans les mêmes «sept aliments miracles pour des fesses musclées», les mêmes «secrets anti-âge», les mêmes «astuces minceur» depuis un demi-siècle.

En 1974, l’autrice Anne-Marie Dardigna écrivait dans la préface de son essai Femmes-femmes sur papier glacé: «Dans la réflexion engagée ces dernières années sur l’oppression des femmes, on ne se méfiera jamais assez de la presse féminine et de son rôle dans les mécanismes idéologiques.» Quarante-cinq ans plus tard, il vient d’être réédité.

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