Eros et Controverse

Ce que l’évolution de notre rapport à l’infidélité dit de notre société

Les données de la plateforme pornographique Pornhub soulignent l’augmentation des recherches liées au candaulisme, pratique sexuelle taboue. L’évolution de notre rapport à l’infidélité traduit une mutation sociétale, estime notre chroniqueuse Maïa Mazaurette

Parce que la sexualité fait partie de nos vies mais qu'elle reste pourtant taboue, «Le Temps» inaugure un nouveau rendez-vous: deux fois par mois, la chroniqueuse et journaliste spécialisée Maïa Mazaurette donnera son point de vue sur un sujet d'actualité 

Connaissez-vous le candaulisme? Il s’agit d’une pratique consistant à «prêter» son conjoint – ou sa conjointe – à d’autres partenaires. Certains candaulistes se contentent d’exhiber leur épouse, d’autres ressentent de l’excitation en contemplant leur mari forniquer avec de parfait.e.s inconnu.e.s. En observant les données internationales, force est de constater que le fantasme est en pleine émergence: rien qu’entre 2013 et 2016, les requêtes du mot «cocu» ont augmenté de 57%. Selon les données de la plateforme pornographique Pornhub, ce sont plutôt les hommes que cette pratique attire, notamment quand ils appartiennent à la génération des 45-65 ans. Les moins de 25 ans sont les moins intéressés… Qui aurait cru que les jeunes seraient les moins partageurs?

Quoi qu’il en soit, pour ces hommes qui encouragent l’infidélité féminine, au point parfois d’y participer, les nouvelles sont excellentes. Selon une étude Ifop/Gleeden qui vient d’être publiée et qui analyse les pratiques de cinq pays européens, 36% des femmes ont déjà été infidèles. C’était seulement 10% en 1970 (mais peut-être osaient-elles moins l’avouer aux sondeurs) – et ces chiffres sont en augmentation constante. Retournons le couteau dans la plaie (et augmentons la joie des candaulistes): 15% des Européennes ont été infidèles à leur conjoint actuel et 2% sont infidèles en ce moment.

Infidélité et indépendance sexuelle 

Et si ces chiffres constituaient une bonne nouvelle… même quand on est strictement monogame? C’est ce que suggère l’analyse de François Kraus, directeur du pôle Genre, sexualités et santé sexuelle à l’Ifop: «L’infidélité féminine constitue en Europe un symbole parmi d’autres de la conquête de l’indépendance sexuelle des femmes, en montrant notamment qu’elle peut être, tout comme pour les hommes, un moyen d’assouvir la part purement individuelle et compulsive de leur sexualité.»

Cette infidélité devrait donc être envisagée comme un révélateur, parmi d’autres, de nos avancées égalitaires. Si ces maîtresses femmes s’autorisent l’accès à des formes traditionnellement masculines d’hédonisme, c’est parce qu’elles peuvent se le permettre financièrement (si leur couple se dissout, ou si la chambre d’hôtel coûte une fortune), socialement (il n’est plus illégitime de vouloir exister hors de la sphère domestique), physiquement (elles n’ont manifestement pas peur d’être battues) et émotionnellement (elles peuvent compenser hors couple certaines de leurs insatisfactions).

Cependant, que l’on parle de relations extraconjugales, de plafond de verre ou de charge mentale, cette égalité reste incomplète. Les hommes gardent une solide avance (la moitié d’entre eux ont déjà été infidèles). Ils sont moins culpabilisés, surtout dans les pays latins (on considère les hommes comme «naturellement» plus volages) et 36% des femmes infidèles regrettent d’être passées à l’acte.

Il n’en reste pas moins que l’émancipation féminine augmente – sous toutes ses formes. Ce qui ne constitue jamais, jamais une mauvaise nouvelle.


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