885 262 nouveaux podcasts ont été mis en ligne en 2020, ont rapporté cette semaine les agences, soit quasiment le triple du total de l’année précédente (318 517). Des chiffres avancés par la société spécialisée Chartable, basée à New York. Un peu moins de la moitié des podcasts étaient dans une autre langue que l’anglais.

Etonnant, en cette drôle d’année 2020? Pas tant que ça, estime Dave Zohrob, directeur de Chartable: «La pandémie a laissé beaucoup de gens à la maison avec de l’énergie créative à revendre. Nombreux sont ceux qui «essaient» pour un ou quelques épisodes, mais environ 25% des nouveaux créateurs font plus de dix épisodes», raconte-t-il au Temps.

En Suisse aussi

Et le succès est au rendez-vous d’un bout à l’autre du globe: en ce qui concerne la production des podcasts, c’est le nombre de ceux en langue hindi qui ont le plus progressé (multiplié par 14,1), puis chinois (8,4) et portugais (7,8). L’anglais (1,9) et le français (2,4) ont progressé moins rapidement, au vu de leur offre déjà importante. Et en Suisse? «Il y a un minimum de 1500 podcasts suisses, dont 500 environ ont été créés en 2020, répond Dave Zohrob. Mais je pense qu’il y en a en réalité beaucoup plus.»

Les périodes de confinement à travers le monde ont permis à certains projets de mûrir, mais aussi à bien des citoyens de se tourner vers cette forme d’écoute. «En cette période anxiogène où les nouvelles défilent et les alertes arrivent en continu sur nos téléphones, le podcast permet de s’en distancier un peu et de choisir son moment d’écoute», estime Lisa Omara, consultante française en communication et experte en podcasts.

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La Turquie, l’Italie et le Pérou sont les pays qui ont connu la plus forte croissance des écoutes. Les podcasts éducatifs (133 107) sont arrivés en tête des genres proposés, devant culture et société (121 556) et arts (94 360). Certains sont créés par des médias, d’autres par des indépendants. Dave Zohrob précise: de nombreux podcasts sont aussi produits par des entreprises à but promotionnel.

Mais si 2020 a été particulière, cette importante progression des podcasts est amorcée depuis plusieurs années déjà: en cinq ans, le nombre de podcasts produits a été multiplié par 17 et les téléchargements auraient quasiment triplé en 2020 (+180%).

Liberté d’écoute et de production

Comment expliquer un tel succès? Pour Lisa Omara, la liberté, tant au niveau de la production (relativement simple) que de l’écoute (audio à la demande), est un facteur clé. Mais aussi la très grande diversité de sujets, loin de l’étiquette bobo qui lui était parfois collée. Sport, féminisme, communauté LGBTIQ+… «Les podcasts sont susceptibles de concerner des personnes très différentes», développe-t-elle.

Différentes, et sur tous les continents: «Le podcast s’internationalise», note Lisa Omara, mentionnant le podcast Sandra, une fiction audio en anglais, adaptée aujourd’hui pour les auditeurs français (Sara), allemands (Susi), brésiliens (Sofia) et mexicains (Sonia).

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Les plateformes de streaming musical jouent aussi un grand rôle dans l’explosion du nombre d'écoutes, estime également Lisa Omara. Le rachat en 2019 de la société de podcasts Gimlet Media par Spotify leur a donné un coup d’accélérateur. «Spotify avait déjà beaucoup de clients qui écoutaient de la musique. Maintenant que la plateforme valorise les podcasts, beaucoup d’auditeurs s’y mettent aussi», souligne-t-elle.

Attrait pour les annonceurs

Cette production intense aurait aussi un effet stimulant. «Les contenus sont toujours meilleurs et attirent plus de monde, ce qui a pour effet de stimuler le développement de nouveaux podcasts, ajoute Dave Zohrob. Les annonceurs cherchent aussi à diversifier leurs dépenses.»

A noter toutefois que, selon les chiffres de Chartable, seuls quelques milliers de podcasts dégagent des revenus significatifs. Un modèle encore à trouver, estime Lisa Omara: «Il faut creuser pour trouver une pérennisation des revenus des podcasteurs, et peut-être quelque chose qui soit plus fort que la publicité.»