Un été 1964

Pendant la pause estivale, «Le Temps» réveille les grands événements culturels, politiques, économiques et sportifs qui ont marqué les étés d’avant

Des pyramides, un théâtre, un verger et des concerts de machines à écrire. La fameuse Expo 64 n’a pas seulement fait vibrer les rives du Léman à Lausanne durant tout l’été. Elle avait aussi son lot de virulents détracteurs, à l’instar de sa petite sœur Expo.02. Dans le Journal de Genève du 20 juillet 1964, une page entière est généreusement mise à disposition d’un «lecteur de Suisse alémanique, ingénieur à Winterthur, mais qui a la mentalité latine» pour y coucher ses impressions de «cette insondable Expo». «La controverse commence là où la recherche de l’originalité revêt des formes certainement permises dans un club de jeunes extravagants aux cheveux hérissés ou tombant gentiment en boucle sur des fronts soi-disant mâles», explique l’observateur.

De leur côté, Jacques et Auguste Piccard préfèrent sonder le fond du lac avec leur mésoscaphe. Le 6 juillet, l’engin part pour une plongée d’essai avec quatre journalistes et un photographe lausannois. Et remonte à la surface fort d’une constatation stupéfiante: «Le sous-marin a atteint une profondeur de 320 mètres, alors que tous les relevés donnaient jusqu’ici au lac Léman une profondeur maximale de 309 mètres.» Cinquante et un ans plus tard, la lignée des Piccard continue d’émerveiller le monde. A quelques encablures de là est lancé le projet de construction de la centrale nucléaire d’expérimentation de Lucens. A l’époque, on estime que les usines hydrauliques ne fourniront plus que 70% de l’énergie nécessaire dès la fin des années 70. L’installation de Lucens est donc le champ d’expérience idéal pour construire ensuite des usines thermonucléaires. Cinq ans plus tard, le site est fermé à la suite d’un accident qui sera considéré comme l’un des dix accidents les plus sérieux au monde dans le domaine du nucléaire civil.

Autre forme de contamination, musicale cette fois. La Beatlemania, qui avait démarré en 1962 au Royaume-Uni, envahit les Etats-Unis et le reste du monde. «Twist and Shout», «She Loves You» et dix autres de leurs chansons squattent les hit-parades depuis le printemps. Mais en France, le désormais traditionnel slow de l’été ne laisse aucune chance aux Fab Four. C’est l’interminable chanson d’Alain Barrière «Ma Vie» qui est number one et permet à la jeunesse d’emballer sec dans les surprises-parties pendant plus de quatre minutes.

«Pendant ce temps, Mandela sur son lit de camp» chante aujourd’hui Francis Cabrel… En 1964, la sentence de Nelson Mandela tombe au Tribunal de Pretoria à la fin du procès de Rivonia, qui aura duré sept mois. Prêt à mourir pour défendre l’égalité des chances, il ne sera pas exécuté mais écopera de 26 ans supplémentaires de prison ferme. Dans le Journal de Genève du 16 juin, on parle de «procès historique dont on a très peu d’échos». Et on décide d’y consacrer un petit coin de journal sous ces quelques mots: «Il peut être intéressant pour les lecteurs de lire la pathétique défense de Nelson Mandela, accusé no 1.»

Alors que l’Afrique du Sud est à feu et à sang, Genève brûle. Ou du moins son bâtiment électoral, transformant le boulevard Georges-Favon en brasier gigantesque. Le 4 août, l’incendie mobilise 200 pompiers puis fait les gros titres des journaux régionaux. Naîtra de ces cendres-là un bâtiment de l’Université de Genève.

Les pompiers de Genève sur la brèche, les gendarmes de Saint-Tropez en haut de l’affiche. L’été 64 s’achève sous les coups de sifflets de Galabru et les gesticulations légendaires de Louis de Funès. La série du Gendarme débute, on en prend pour cinquante ans.

La fameuse Expo 64 n’a pas seulement fait vibrer les rives du Léman à Lausanne pendant tout l’été. Elle avait aussi son lot de virulents détracteurs