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Louis Derungs à Morges, le 26 octobre 2016.
© photo eddy mottaz

Portrait

L'extraordinaire résilience de Louis Derungs, jeune homme tombé du ciel

Le jeune Morgien est beau, sportif, intelligent. Son livre «15 000 volts», récit de sa résilience après une électrocution gravissime qui lui a valu d’être amputé des deux bras, est à prescrire à quiconque a besoin d’être remis en forme

Il fut un enfant rêveur, très singulier, à la marge de ses cahiers d’école. A deux ans, il est retrouvé au sommet d’une armoire de deux mètres. Ingénieux le gamin: un pied dans un tiroir, l’autre dans le suivant plus haut et ainsi de suite comme un escalier jusqu’au point culminant du monde

Plus tard, il fait ses classes davantage dans la rue qu’à l’écoute des profs «parce qu’en cinq minutes, j’avais pigé, je m’ennuyais». A quinze ans, il quitte le cocon familial. Fait ses apprentissages, plutôt bien, cumule 76 points sur un total de 84 au gymnase.

15 000 volts dans le creux du cou

Le QI est supérieur à 135. Ça vole haut, très haut. Surdoué? Louis Derungs grimace. «Vif», corrige-t-il. Il s’inscrit en première année de mathématiques à l’EPFL. Il sera ingénieur financier.

Mais le 12 octobre 2013, il a alors 19 ans, le ciel lui tombe sur la tête sous la forme d’un phénoménal coup de foudre: 15 000 volts dans le creux du cou. Le cœur s’arrête, le corps est brûlé à plus de 50%.

Il se réveille au CHUV, sous une couverture chauffante, branché à plusieurs machines qui font tut tut tut… Six semaines de coma artificiel.

Que s’est-il passé? Il passait une soirée entre amis à Lausanne, est rentré un peu ivre, un peu triste aussi à la vue d’une ex-petite fiancée. Il pleuvait à verse. Il a marché le long de la ligne de chemin de fer. On lui a expliqué qu’une conduction entre lui et un arc électrique s’était sans doute produite.

Un accident très bête

Une électrocution inouïe. Louis exclut la tentative de suicide. Un accident très bête donc, et inexpliqué. Le foie a été touché, les reins sont mis sous dialyse, un pacemaker soutient le muscle cardiaque, les nerfs des jambes ont subi une telle décharge que les médecins s’interrogent sur une mobilité encore possible des pieds.

Et surtout: les bras sont amputés juste sous l’épaule pour ne pas succomber aux brûlures et à l’hémorragie. Louis écrit trois ans plus tard: «Quelle ironie! Pour me sauver la vie, on a dû me retirer ce qui m’avait permis de la prendre en mains jusque-là».

Louis aime l’autodérision et l’humour un peu grinçant. Ça permet d’avancer. On le retrouve ce mercredi-là devant la patinoire de Morges. Il habite dans cette ville, dans un appartement conçu et aménagé par lui-même avec, par exemple, de grands couteaux de cuisine et de longues cuillères vissés à ses moignons grâce à une coque en carbone.

Grand sportif

Il boite un peu ce jour-là. Il enfile une autre paire de basket, une pointure au-dessus, se sent mieux. Envie d’aller glisser? Pourquoi pas. C’est largement dans les cordes du jeune homme, 22 ans maintenant.

En deux ans, Louis Derungs est passé du statut de conducteur en fauteuil roulant à celui de grand sportif – il a bouclé la moitié de la côte Ouest des Etats-Unis à vélo, saute à l’élastique –, de conférencier, de thérapeute en hypnose et d’étudiant en première année de psycho à l’UNIL.

Sitôt après notre rencontre, il filera au fitness avaler des kilomètres sur un tapis: Louis est inscrit à la prochaine Transjurassienne, soit 70 km en ski de fond. Un hyperactif? Même pas. La vie lui plaît «lorsque aujourd’hui ne ressemble pas à hier et quand elle me permet de sortir de ma zone de confort».

Récit de sa résilience

S’agissant d’aise, on pourrait rêver à mieux. Lui ne se plaint pas. Il parle même de seconde chance. Il aurait pu (dû) mourir mais il est vivant, magnifiquement vivant. Il vient de publier un livre, 15 000 volts, aux éditions Favre, le récit étayé de sa résilience.

Il la doit en partie au recours à l’auto-hypnose. Sur son lit de grand blessé, durant des mois, lorsque la morphine n’agissait même plus, il est parti en voyage. «Le bruit des pompes électriques devenait celui des vagues, le lit était une chaise longue. La méditation m’a sauvé» dit-il.

Et très vite il se fixe des objectifs, veut décider de tout. Il s’invente une méthode dite Nine, neuf choses à faire menant à l’autonomie et la mobilité. «Quand j’étais petit j’appelais ma sœur Nine parce que j’avais du mal à dire Line.» On lui propose la mise en place d’une prothèse mais le muscle du moignon trop court ne le permet pas.

Autre échec

Il préfère alors remonter les manches, comme tous ceux qui ont beaucoup à faire. Il voulait une voiture aussi, avec le volant au pied. Autre échec. «Être jeune conducteur et handicapé dans une grosse berline sans ceinture de sécurité, c’était trop pour les assurances» Du coup, il a une aide à domicile qui le véhicule et qu’il a lui-même embauchée. «Je suis un entrepreneur», sourit-il. Car les soignantes envoyées par les CMS changent tous les jours et Louis trouve usant de devoir toujours réexpliquer.

La désobéissance à l’hôpital, l’insoumission lui ont aussi forgé un moral d’acier. Avant l’accident, il était tatoué mais les brûlures ont tout effacé. Au terme d’une petite fugue avec sa sœur, il a réintégré son lit à nouveau «décoré». Le personnel médical s’est longtemps demandé comment cet acte de folie a été réalisé. Lors d’une autre escapade, il a commandé, les manches dans les poches, un verre de très bon Chardonnay… avec une paille. «La serveuse avait une expression un peu désespérée», se souvient-il.

Son livre de 300 pages dicté via un logiciel de reconnaissance vocale est bien entendu à mettre entre toutes les mains. Louis appréciera la chute.


Profil

1994: naissance à Bruxelles

12 octobre 2013: jour de l’accident

Avril 2014: première marche autonome

Août 2015: voyage aux États-Unis, premier grand défi sportif

2016: publication de «15 000 volts».

Facebook: @Derungs Louis Public.

Instagram: @louis.derungs.

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