Grande Interview

Leyla Hussein: «La société patriarcale est à la racine de l’excision»

Alors que la reine Elisabeth II vient de lui remettre un prix pour son action, la psychothérapeute somalienne, mise en lumière dans le documentaire «Female Pleasure», revient sur son combat contre les mutilations génitales

Elle raconte l'histoire avec la grâce et l'éloquence des enfants de bonnes familles, port de reine malgré le fardeau qu'elle traîne. Leyla Hussein avait sept ans et pas encore toutes ses dents, une robe rose en dentelle et volants fabriquée en Italie pour l'occasion. Elle jouait devant sa villa de Mogadiscio, tentant de ne pas trop se salir, quand on est venu la chercher pour lui couper le clitoris. «Ma mère avait commandé des plats chez le traiteur, il y avait même du chocolat». C’est là toute la perversité de l’excision: faire passer une mutilation génitale sur une enfant pour une belle fête de famille.

Trente ans plus tard, elle consacre sa vie à l'espoir d'éviter à d'autres le sort qui lui a été réservé – à elle et aux 200 millions de femmes excisées à travers le monde, dont 500 000 en Europe et 15 000 en Suisse, selon Caritas. Après avoir monté Hawa's Haven, think tank dont le but est de sensibiliser aux violences subies par les Somaliennes; Daughters of Eve, qui vise à protéger les filles et femmes à risques, ou encore le Dahlia Project, espace d'écoute et d'accueil pour les femmes mutilées, elle crève l'écran dans Female Pleasure (2018), le documentaire de la Suissesse Barbara Miller qui suit (entre autres) son combat acharné contre le tabou, l'ignorance et le patriarcat.