Lors d’un entretien qu’il menait dans le cadre de recherches sur la mobilité des Suisses, Vincent Kaufmann, sociologue à l’Ecole polytechnique fédérale de Lausanne, avait été surpris par le ton de son interlocuteur. «Alors que je lui posais des questions, il m’a répété une dizaine de fois «c’est une voiture de gros porc». J’ai fini par comprendre qu’il parlait des SUV. Une telle violence verbale, c’est presque inquiétant», raconte celui qui est aussi directeur scientifique du Forum Vies mobiles.

Les SUV, ce sont ces véhicules utilitaires sport (sport utility vehicle en anglais) dotés d’une carrosserie surélevée et volumineuse et pouvant posséder des capacités de tout-terrain. Depuis quelques années, ces modèles s’arrachent comme des petits pains dans les garages suisses, comme un peu partout ailleurs en Europe de l’Ouest. En 2019, 39% des véhicules neufs vendus en Suisse étaient des SUV, soit 130 000 voitures. La vente de ces massifs engins roulants, à mi-chemin entre le 4x4 et le monospace, a explosé en une décennie. En 2010, il ne s’en écoulait que 50 000 dans les concessions helvètes.