Depuis quelques jours, les Montréalais observent, intrigués, une large affiche flottant entre les colonnes de la cathédrale Marie-Reine-du-Monde. «Ciboire: vase sacré en forme de coupe où l'on conserve les hosties consacrées pour la communion.»

C'est que l'Eglise catholique de Montréal mène une collecte de fonds insolite dans le métro et les lieux publics, afin de se réapproprier le sens du sacré. L'Archevêché lance une campagne de publicité pour inviter les Québécois à renoncer au blasphème. Car les habitants de la Belle Province sont friands des jurons à connotation religieuse. Avec la laïcisation du Québec, ils ont souvent oublié jusqu'au sens des objets sacrés pour l'Eglise.

Ciboire! Calice! Hostie!

L'Archevêché rappelle par exemple aux Montréalais que «le tabernacle est une petite armoire à clé, qui occupe le milieu de l'autel et contient le ciboire». Les jurons préférés des Québécois ont pour nom ciboire, calice, hostie, tabernacle ou encore christ… Les insultes émises en Suisse ou en France sont ici le plus souvent inconnues. Chez les Canadiens français, l'acte de rébellion passe toujours par un blasphème.

L'emploi de jurons à connotation religieuse peut s'expliquer par l'emprise forte de l'Eglise catholique sur la société québécoise, jusqu'au début des années soixante. Ce n'est qu'à cette époque que les Québécois ont mené leur Révolution tranquille et qu'ils se sont éloignés de la religion.

Dans leur relation avec l'Eglise catholique, les habitants de la Belle Province n'en sont pas à un paradoxe près: en 2002, Montréal comptait encore 275 églises et une dizaine de chapelles. Si les Québécois se défendent corps et âme d'avoir conservé le moindre lien avec Dieu, plus de 83% d'entre eux se sont néanmoins déclarés catholiques lors du dernier recensement canadien. En revanche, seul un quart d'entre eux vont à l'église au moins une fois par mois.

Les porte-parole du Diocèse de Montréal espèrent que leur action ne sera pas vaine: «Nous croyons que ce concept publicitaire, en plus d'attirer l'attention, est en complet accord avec la mission catéchétique de l'Eglise. Il faut savoir oser pour interpeller les adultes qui ont oublié et les plus jeunes pour qui ces mots n'ont peut-être jamais eu de véritable sens.»