Cette première journée a permis d’évoquer la relation d’amour haine qui liait Edouard Stern à sa maîtresse. L’accusée, qui a pourtant abattu le banquier de quatre balles, dont deux dans la tête, a dressé un portrait élogieux de son amant. «Je n’ai jamais rencontré un homme si extraordinaire», a-t-elle sangloté.

Chaud-froid

Pour elle, son geste n’a pas été motivé par l’argent, mais par le cœur. La relation entre les deux amants s’est traduite par de nombreuses ruptures et réconciliations. Le compagnon de Cécile B., un chiropraticien de Clarens (VD), l’a vue parfois très heureuse, parfois paniquée après une visite chez Edouard Stern.

Ce concubin un peu spécial, qui est marié à l’accusée sans vraiment l’être, a affirmé n’avoir jamais soupçonné la liaison entre Cécile B. et Edouard Stern. Il a décrit la victime comme un homme «extrêmement intelligent et impressionnant par sa taille». Le banquier était très vif et très observateur.

Incrédulité

Il a aussi brossé un portrait charmant de Cécile B., une femme sensible et douée pour la peinture. «Jamais je n’aurais imaginé qu’elle soit capable de tuer quelqu’un», a indiqué cet homme de 61 ans, brouillon dans ses explications lorsqu’il est placé devant ses contradictions par la présidente de la Cour.

Pourtant, Cécile B. a abattu son amant de quatre balles. L’accusée n’a qu’un vague souvenir de son geste homicide. Son amant, vêtu d’une combinaison en latex, ressemblait à une poupée en plastique. Elle lui a tiré une balle dans la tempe pour éviter qu’il ne souffre, comme souffraient les animaux que le banquier aimait chasser en Afrique ou ailleurs.

Un Janus

Cette première journée aura permis de distinguer les deux visages d’Edouard Stern. Il y avait d’un côté le père aimant, toujours là pour encourager ses enfants, respectueux, a expliqué son ex-femme. Il avait un caractère un peu soupe au lait, mais c’était selon elle quelqu’un d’extrêmement gentil.

Il y avait aussi la face sombre du personnage. Cet homme qui aimait chasser les ragondins le soir dans les jardins de son château avec un fusil équipé de la dernière lunette de visée. Cet homme qui avait des armes à profusion chez lui. Cet homme qui aurait également arraché les dents de devant du chat de Cécile B.

Sa secrétaire sexuelle

Edouard Stern avait visiblement un énorme appétit sexuel. Selon le compagnon de l’accusée, le banquier utilisait Cécile B. comme une secrétaire sexuelle. Elle effectuait pour lui un travail de rabatteuse. Elle avait pour mission pour mission de lui rapporter «de la chair fraîche».

La victime a aussi harcelé Cécile B. jusque chez elle, dans son appartement qu’elle partageait avec son compagnon à Clarens. Une fois, a raconté ce dernier, le banquier est venu habillé en chasseur, avec une paire de jumelles. L’accusée, prise de panique, se serait alors mise à ramper d’une chambre à l’autre.

Deux thèses

La défense de Cécile B. plaidera le meurtre passionnel. Les trois enfants du banquier, dont deux sont venus assister à l’ouverture du procès mercredi, rejettent cette thèse. Pour eux, l’accusée a tué par cupidité. Elle voulait le million de dollars que son amant lui avait versé avant de le faire bloquer.

Jeudi sera notamment consacrée à l’audition de l’expert psychiatre. Son rapport est très attendu et devrait peser lourd au moment du verdict.