Ils sont ventrus et grossiers, ils sifflent des bières dès le matin et ils vivent au crochet de l'assistance sociale. Ils inventent une crèche d'un jour en enlevant les enfants du quartier, afin de toucher les subventions. Ou ils piquent des ordinateurs dans des entreprises en se faisant passer pour des informaticiens... Ces crapules attachantessont les héros des Bougon, un feuilleton québécois en trois saisons. Des personnages atypiques qui ont fait les beaux soirs de Radio-Canada en ulcérant certains politiciens québécois, indignés par tant de politiquement incorrect.

M6 a acheté le concept et a programmé les premiers épisodes, retournés pour la France, lundi soir, avec le slogan «travailler moins pour gagner plus». La chaîne pense avoir trouvé un filon, les créations québécoises étant porteuses, songeons à Un Gars, une fille. France 2 a aussi acquis une série d'outre-Atlantique.

Mais si le patronyme choisi n'a provoqué aucune vague dans la Belle Province, les Français qui s'appellent Bougon, eux, sortent la grosse artillerie. Vendredi, le Tribunal de Nanterre devait se prononcer sur la plainte d'une association de défense du patronyme Bougon, forte de 60 à 100membres selon les sources. Sur la radio France Inter, la vice-présidente, Clarisse Bougon, disait que le nom «évoque grognon, c'est un peu négatif, mais ça ne m'a jamais dérangé. Là, cela prendrait une très grande ampleur en devenant synonyme de fraudeur, il y aurait un préjudice énorme.»

L'avocat des Bougon de France évoque déjà des vexations dans les cours d'école à l'encontre des mini-Bougon. Il relève que ce nom n'est «quasiment pas répandu au Québec», alors que la série, par sa «vulgarité», ferait «des milliers de victimes» dans l'Hexagone. Sans doute perturbé, le tribunal a repoussé sa décision à lundi.

Maudit suspense pour M6. Laquelle est en outre attaquée par les créateurs des Bougon, qui se jugent occultés dans le générique français... et pas assez payés. Comme le prophétisait l'un des Bougon - les originaux -, «en démocratie, tu fais ce que tu veux tant que tu payes tes avocats»