Les deux premiers volets du rapport du Groupe intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC), publiés en janvier et février, étaient inquiétants: le changement climatique dû aux activités humaines sera important, et ses répercussions graves. La dernière partie du rapport, qui se trouve depuis le 28 février et jusqu'au 3 mars sur la table des négociateurs de l'ONU réunis à Accra (Ghana), fait poindre l'espoir: l'humanité a les moyens de réduire les quantités de gaz à effet de serre dans l'atmosphère.

Les technologies existantes, si elles sont mises simultanément à l'œuvre, permettraient de réduire les émissions annuelles au-dessous de leur niveau de 2000 en 2010, et encore plus en 2020. Les techniques permettant des économies dans les secteurs du bâtiment, des transports et de l'industrie représentent plus de la moitié du potentiel de réduction. Pour le reste, le recours à des énergies alternatives (biocombustibles, énergie hydraulique, éolienne ou nucléaire) sera nécessaire. Dans un premier temps, admettent les experts, les combustibles fossiles resteront la source d'énergie prédominante. Il faudra pourtant s'en passer bien avant l'épuisement des réserves mondiales. Celles-ci recèlent en effet dix fois plus de carbone que les émissions cumulées de l'humanité entre 1900 et 2100 dans les scénarios de stabilisation.

D'innombrables barrières techniques, économiques, institutionnelles, culturelles et sociales s'opposent à cet abandon, observent les experts. Mais des mesures – réformes institutionnelles et légales, effort d'éducation, encouragement de la recherche, collaboration technique – sont susceptibles de les faire tomber. Et même, à long terme, de faire changer les normes culturelles et donc les comportements individuels.

Pas si cher

Le processus n'exige pas forcément des sacrifices économiques rédhibitoires. Selon les premières études sur le sujet, la moitié des réductions nécessaires peuvent être réalisées sans faire croître les coûts globaux. Pour le solde, chaque tonne de carbone non émise reviendrait à environ 100 dollars. Dans les pays de l'OCDE, le coût des réductions serait compris entre 0,1 à 2% du produit intérieur brut. Les Etats producteurs de pétrole verront leurs revenus diminuer, mais les mesures profiteraient globalement aux pays en voie de développement.

La partie se joue désormais sur le terrain politique. L'ONU a annoncé le 28 février que les négociations climatiques, interrompues en novembre à La Haye, allaient reprendre à Bonn du 16 au 27 juillet prochain. Des divergences menacent la ratification du protocole de Kyoto, un texte qui vise à ramener les émissions mondiales au-dessous de leur niveau de 1990. Raison pour laquelle l'Italie propose que l'Europe poursuive ces objectifs de manière autonome. Le gouvernement italien a annoncé le 28 février qu'il fera cette proposition lors de la prochaine réunion du G8 sur l'environnement, qui se tiendra du 2 au 4 mars à Trieste.