La mise au propre du brouillon du génome humain est presque terminée. Ce lundi, la présentation solennelle du code génétique sera faite dans plusieurs capitales, de Washington à Tokyo, en passant par Paris, Londres et Berlin. Cet événement a déjà été annoncé à plusieurs reprises depuis une année, tant la concurrence règne entre les chercheurs des domaines public et privé dans cette course souvent comparée à l'emblématique conquête de la Lune.

En avril 2000, Craig Venter, patron de la firme privée Celera Genomics, affirmait en effet avoir séquencé ce qui s'est avéré être le brouillon du génome d'un être humain. En juin, c'était la Maison-Blanche qui annonçait que la carte était quasi complète, mais sans en dévoiler les contours. Aujourd'hui, dans un effort de réconciliation, Craig Venter et les chercheurs du Consortium public international sur le génome humain publient simultanément leurs travaux, respectivement dans les revues Science et Nature. Les deux séquences seront mises à la libre disposition des chercheurs du monde entier sur Internet.

Les résultats obtenus par les deux équipes sont très semblables. Ils montrent que les chromosomes ne sont pas homogènes. Il existe de vastes étendues désertiques – globalement un quart du génome – contenant relativement peu de gènes, ces portions d'ADN qui détiennent chimiquement la recette de fabrication des protéines. Les chromosomes 17, 19 et 22 sont génétiquement les plus riches, alors que les chromosomes X, 4, 8, 13 et Y sont relativement arides.

Les chercheurs ont également noté qu'environ un tiers du génome est constitué de séquences répétitives, dont la signification leur échappe toujours. Mais surtout, la surprise vient du faible nombre de gènes recensés: autour de 30 000, alors que certains chercheurs estimaient ce nombre à 140 000 il y a encore quelques mois.

Environ 30 000 gènes, c'est un peu plus du double des informations nécessaires au développement et au bon fonctionnement de la drosophile, ce moucheron qui aime voleter autour des fruits trop mûrs; c'est une fois et demie le nombre de gènes du ver nématode Caenorabditis elegans; et cinq fois celui de Pseudomonas aeruginosa, une vulgaire bactérie. Et surtout, 99% des gènes présents chez l'homme le sont aussi chez le chimpanzé. Ce n'est donc ni la masse de l'ADN dans les cellules, ni le nombre de gènes inscrits sur les chromosomes qui peuvent donner une idée de la complexité d'un organisme vivant.

Quant aux différences individuelles, elles sont encore plus minimes. Deux êtres humains pris n'importe où sur la Terre ont en commun 99,9% de leurs gènes. Pour établir ses séquences, Craig Venter s'est basé sur les échantillons d'ADN de cinq individus, trois femmes et deux hommes. Le groupe comprenait deux Caucasiens, un Afro-Américain, un Mexicain hispanique et un Chinois asiatique. En fait, ces travaux de décryptage confirment que des individus de peuplades différentes peuvent présenter davantage de similarité génétique que deux voisins de palier originaires du même village.

Les derniers adeptes du concept de «race humaine» devront aller chercher leurs arguments ailleurs que dans la génétique!

La carte du génome humain, même complétée, n'est qu'un outil de travail. Les chercheurs vont en effet devoir se pencher sur la signification de ce livre, dont ils viennent de déchiffrer les lettres. Ils ne savent pour l'instant rien de l'activité de 40% des gènes découverts. Des gènes qui, souvent, ne fonctionnent pas tout seuls sur leur petit bout de chromosome, mais interagissent à plusieurs. Il s'agit de comprendre comment, et pourquoi.Mais surtout, les scientifiques de tous les domaines devront se reposer la question: qu'est-ce qui fait la différence entre la mouche et l'homme?