Toutes les vocations sont dans la nature. De la câlinothérapeute au verbicruciste, en passant par le gardien de château, ceux qui embrassent ces métiers insolites demeurent souvent dans l’ombre. Chaque semaine de l’été, «Le Temps» a choisi de les mettre en lumière.

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Dans le bureau de Fabien Langenegger, des pièces de bois de toutes tailles et de toutes formes, qui datent de quelques centaines à plusieurs milliers d’années, des microscopes et des ordinateurs. Par la fenêtre, on aperçoit le lac de Neuchâtel. Un environnement qui résume le quotidien de ce dendrochronologue, responsable du Laboratoire de dendrochronologie du canton de Neuchâtel, situé dans le Laténium, musée archéologique à Hauterive.

Fabien Langenegger a fait de cette science, qui vise à dater le bois grâce à l’analyse de ses cernes, son métier depuis 2004, après des études d’archéologie. «Mais 95% des dendrochronologues ont une formation de climatologue», précise-t-il. Il raconte ses débuts: «J’ai commencé avec un chantier subaquatique dans la baie de Bevaix (NE), d’environ -1000 ans. Il fallait analyser les milliers de bois qu’on avait sortis d’un village lacustre immergé.»

Une datation à la saison près

Le travail du dendrochronologue se poursuit en laboratoire. La méthode, inventée par un astronome américain à la fin du XIXe siècle, consiste à analyser les anneaux que l’on aperçoit sur le bois: plus on en compte, plus l’arbre est âgé. Pour dater précisément un échantillon, il faut comparer sa courbe de croissance avec une chronologie de référence qui montre l’évolution du bois en question face au climat. Un procédé qui permet de dater le bois… à la saison près. «Pour ce village de la baie de Bevaix par exemple, on a su quand les maisons avaient été construites, réparées, puis abandonnées», note Fabien Langenegger.

La méthode s’utilise pour dater les bâtiments classés comme les villages lacustres immergés, nombreux dans la région. «Le bois va se conserver pendant des milliers d’années sous l’eau, alors qu’on en trouve rarement sur les sites archéologiques terrestres», précise l’expert.

Sous nos yeux, il déroule une feuille qui retrace l’évolution européenne du chêne, de -4000 à 1984: elle fait 15 mètres de long. Aujourd’hui, la comparaison des courbes s'effectue par ordinateur.

Chêne, épicéa, mélèze… les chronologies de référence se sont multipliées à travers le monde. Ce qui permet aussi de dire d’où vient le bois. «Un ami avait une huile sur bois qu’il soupçonnait d’être un Rubens. J’ai pu dire que le bois datait du XVIe siècle, mais aussi qu’il venait de la Baltique, région où les peintres se fournissaient. L’expertise valait la peine d’être approfondie.»

Ce qui passionne Fabien Langenegger? Le suivi du processus, de la découverte au labo. «Nous faisons beaucoup de prospection sur le lac, en ballon dirigeable. Quand nous repérons quelque chose, nous plongeons. Nous avons par exemple trouvé une série d’épaves d’époque romaine. Nous avons rapidement pu prélever des échantillons et les dater. Et tout de suite vu que c’était une découverte importante.»