Depuis la semaine dernière, les relations entre la Corée et le Japon connaissent un réchauffement. Jusqu’alors, les leaders Park Geun-hye et Shinzo Abe n’avaient jamais pris part à un dialogue bilatéral. Les deux pays partagent des liens économiques forts, et les Etats-Unis comme allié; néanmoins les investissements nippons en Corée sont tombés de 4,55 milliards de dollars en 2012 à 2,49 milliards en 2014.

La faute à un climat politique dégradé par des controverses liées au passé colonial du Japon avant 1945. Principal point de friction: les «femmes de réconfort», ces filles, en majorité coréennes, embrigadées dans des bordels où les soldats japonais pouvaient assouvir leurs appétits. Mercredi, des membres des deux gouvernements étaient réunis à Séoul pour relancer le processus de résolution.

L’armée impériale et le gouvernement nippons étaient impliqués dans ce vaste système de prostitution. Les femmes y étaient-elles prostituées de force? Depuis les années 90, suite aux témoignages de victimes, plusieurs rapports ont établi qu’il y a eu coercition. Une déclaration officielle japonaise l’a reconnu.

Par qui cette contrainte a-t-elle été exercée? Par l’armée, ou par des intermédiaires privés? Au regard de la souffrance humaine, cette distinction semble obscène. Elle est hélas d’une importance stratégique. Tandis que le Japon maintient que les questions de compensation ont été réglées par les traités de 1952 (San Francisco) et 1965, Séoul réclame des dédommagements officiels et des excuses plus élaborées.

La donne est plus complexe encore. Le Japon a bien offert des compensations aux victimes entre 1994 et 2007, mais par le biais d’un fonds appelé Asian Women’s Fund, et non directement au nom du gouvernement: sur le papier, l’AWF était une ONG permettant au «peuple japonais» d’«expier» sa culpabilité par le biais de donations. Si, dans les faits, plus de la moitié des moyens ont été fournis par l’Etat japonais (15 millions de dollars), la nature non gouvernementale du fonds a permis aux autorités de fournir réparation sans remettre sur la table le débat sur l’histoire et les risques d’accusation, notamment, de crime de guerre.

Aujourd’hui, une partie importante de l’opinion coréenne accuse le Japon de mensonge, tandis que les conservateurs nippons (la base électorale de Shinzo Abe) accusent la Corée d’instrumentaliser le débat. Autour des «femmes de réconfort» se cristallisent des positions identitaires et nationalistes. La tâche des négociateurs sera épineuse.