« Les Liaisons dangereuses, le roman épistolaire de Laclos, a conservé depuis sa publication (1782) une vogue surprenante peut-être aux yeux de quelques-uns mais légitime. Quel pénétrant portrait de Valmont, ce roué; quelle peinture de la perfidie corrompue que le caractère de Madame de Merteuil?

Réagissant contre les romans allégoriques ou philosophiques si fort à la mode au XVIIIme siècle, contre les effusions sentimentales ou vertueuses à la Rousseau, ce livre mordant et terrible fit sur les esprits une impression durable. Si durable que trente éditeurs différents ont conduit jusqu’à nous ce type parfait – jugé à l’époque scandaleux – du roman psychologique. Chose étrange, aucun de ces éditeurs n’a eu, apparemment, la curiosité de consulter le manuscrit de Laclos.

Aussi faut-il savoir gré à M. Jean Mistler d’avoir procédé à l’établissement de ce que l’on est en droit de considérer comme le texte définitif des Liaisons dangereuses (Ed. du Rocher, Monaco, 1 vol., 1948). La tâche ne dut pas lui être très aisée si l’on songe que les 4 petits volumes de l’édition originale signés C. de L… se trouvèrent pâtir la même année de plusieurs contrefaçons. C’est peut-être là une attestation du succès remporté par l’ouvrage mais c’est aussi une source de perplexités pour les chercheurs. A ces contrefaçons, il convient d’ajouter des pastiches dont l’un fort amusant (Paris 1926) et intitulé: Les Vrais Mémoires de Cécile de Volanges.

M. Mistler estime que le roman, composé à Paris, au cours d’un congé pris dans l’hiver 1781-82 par l’officier d’artillerie Choderlos de Laclos, a été écrit d’une traite; cela semble découler de l’état du manuscrit en mains de M. Mistler (un brouillon constellé de ratures et de remaniements). Pour l’impression, une copie fidèle mais plus lisible a été établie.

Les Liaisons sont contenues dans un manuscrit numéroté 12.845 du fonds français de la Bibliothèque nationale de Paris. Le texte est écrit (une écriture très fine) sur papier bleu. L’orthographe de l’édition de 1948 a tenu compte des corrections des première et seconde éditions de 1782 et années suivantes. Des notes sont destinées à expliquer les mots difficiles et les allusions littéraires ou historiques: les caractères d’imprimerie employés permettent de distinguer aussitôt les variantes et notes de Laclos, des notes ou observations de M. Mistler ou des citations d’auteurs du temps.

Dans son introduction, M. Mistler rappelle avec clarté les diverses phases de la querelle dite des «Clefs», les personnages principaux des Liaisons ayant eu leur double dans la vie et la société de l’époque.

Il est précieux aussi de consulter les feuilles très documentées que M. Jean Mistler consacre aux «devanciers de Laclos». »