L'exercice du journalisme, «principal vaccin» contre la désinformation en pleine pandémie, est «totalement ou partiellement bloqué» dans plus de 130 pays, alerte Reporters sans frontières (RSF), qui publie mardi l'édition 2021 de son classement mondial de la liberté de la presse.

Au total, 73% des 180 pays évalués par l'ONG se caractérisent par des situations jugées «très graves», «difficiles», ou «problématiques» pour les journalistes, et sont ainsi classés noir, rouge ou orange sur la carte du monde de la liberté de la presse.

Si cette proportion reste stable sur un an, seuls 12 pays sur 180, soit 7%, contre 8% l'année dernière, affichent une «bonne situation». Cette «zone blanche» n'a «jamais» été «aussi réduite depuis 2013», d'après RSF.

Jair Bolsonaro et Nicolas Maduro, rois de la désinformation lors de la pandémie

En outre, la pandémie de Covid-19 a représenté «une forme d'opportunité pour des Etats qui ont pu restreindre la liberté de la presse», souligne à l'Agence France Presse (AFP) le secrétaire général de RSF, Christophe Deloire. Elle a ainsi exacerbé la répression dans les pays les plus «muselés» comme l'Iran (174e, -1), l'Arabie Saoudite (170e), l'Egypte (166e) ou la Syrie (173e, +1), d'après l'ONG.

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Elle a également «provoqué une énorme fermeture des accès» au terrain et aux sources d'informations pour les journalistes, insiste Christophe Deloire. La situation est d'autant plus préoccupante que le journalisme est le principal rempart contre la «viralité de la désinformation», parfois alimentée par les gouvernements eux-même.

Les présidents Jair Bolsonaro au Brésil (111e, -4) et Nicolas Maduro au Venezuela (148e, -1) ont ainsi «fait la promotion de médicaments dont l'efficacité n'a jamais été prouvée par le monde médical», rappelle RSF.

«Un décret anti-fake news» en Malaisie

En Iran (174e, -1), les autorités ont «multiplié les condamnations de journalistes pour mieux minimiser le nombre de décès liés» au Covid-19. L'Egypte (166e), elle, interdit «la publication de chiffres sur la pandémie autres que ceux du ministère de la Santé».

La Malaisie, qui enregistre le décrochage le plus net (119e, -18), a récemment adopté «un décret anti-fake news» octroyant au «gouvernement le droit d'imposer sa propre version de la vérité».

Et en Hongrie (92e, -3), où le régime de Viktor Orbán «assume de façon décomplexée» la répression de la liberté de la presse, l'information sur le coronavirus est «bloquée» notamment par la législation d'urgence en vigueur depuis mars 2020, qui criminalise «la diffusion de fausses informations».

Des agressions et interpellations en Europe

Au bas du classement figurent toujours la Chine (177e), devant le Turkménistan (178e, +1), la Corée du Nord (179e, +1) et l'Erythrée (180e, -2). En haut du tableau, la Norvège conserve sa première place pour la cinquième année consécutive, devant la Finlande et la Suède, redevenue troisième au détriment du Danemark (4e, -1).

Si l'Europe reste la région la plus sûre, les agressions et interpellations abusives s'y sont multipliées, notamment en Allemagne (13e, -2) où des dizaines de journalistes ont été agressés «par des manifestants proches des mouvances extrémistes et complotistes lors de rassemblements anti-restrictions sanitaires», en France (34e) lors des manifestations contre le projet de loi «sécurité globale», en Italie (41e), en Pologne (64e, -2), en Grèce (70e, -5), en Serbie (93e) et en Bulgarie (112e, -1).

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Outre-Atlantique, la situation reste «plutôt bonne» aux Etats-Unis (44e, +1) «même si la dernière année du mandat de Donald Trump s'est caractérisée par un nombre record d'agressions (près de 400) et d'arrestations de journalistes (130)».

La zone rouge accueille désormais le Brésil, «insultes, stigmatisations et orchestration d'humiliations publiques de journalistes» étant «devenues la marque de fabrique du président Bolsonaro». Elle héberge toujours la Russie (150, -1) qui s'est employée à «limiter la couverture» des «manifestations liées à l'opposant Alexeï Navalny». Enfin, si elle reste le continent «le plus violent» pour les journalistes, l'Afrique connaît quelques embellies avec le Burundi (147e, +13), la Sierra Leone (75e, +10) et le Mali (99e, +9).