La prise de position mercredi du gouvernement britannique en faveur de la production d'embryons clonés à des fins thérapeutiques a suscité des résistances hier en France et en Allemagne. Jacques Montagut, membre du Comité consultatif national français d'éthique et docteur en biologie, juge que cette pratique atteint «l'inacceptable au plan de l'éthique». Il met en garde contre les dérives commerciales liées à la recherche de donneuses d'ovocytes. «L'ovocyte est indispensable à la fabrication de clones, souligne-t-il. Or, il existe déjà une pénurie de dons d'ovocytes à des fins de reproduction.»

Par ailleurs, la Grande-Bretagne risque de se trouver en contradiction avec l'article 18 de la Convention européenne des droits de l'homme et de la biomédecine. Il y est inscrit que la constitution d'embryons à des fins de recherche est interdite. Jacques Montagut préconise que ces recherches se limitent aux «embryons dits surnuméraires, abandonnés de leur projet parental, voués donc à leur destruction».

Même discours du côté de Jean-François Mattei, professeur de génétique médicale et député de droite. Pour lui, la décision britannique «illustre une philosophie utilitariste de la vie pour laquelle la fin justifie les moyens. Il est regrettable que cette décision soit prise en dehors de tout consensus international, alors même que d'autres voies semblent s'ouvrir à partir de cellules indifférenciées prélevées chez l'adulte dont l'utilisation ne pose pas les mêmes problèmes.»

De l'autre côté du Rhin, la ministre allemande de la Santé, l'écologiste Andrea Fischer, s'est dite opposée à l'idée d'autoriser le clonage d'embryons humains, même à des fins thérapeutiques. Le président du Conseil fédéral des médecins, Joerg-Dietrich Hoppe, estime qu'il s'agit d'une méthode agressive – «des cellules sont ôtées à de très jeunes personnes mortes» – qui peut avoir des répercussions sur l'humanité.

En France et en Allemagne, les lois sont en passe de s'adapter à l'évolution de la science. Mais dans aucun des cas il n'est prévu d'autoriser la création d'embryons à des fins de recherche.