TECHNOLOGIE

LIFT, l'ascenseur vers les idées novatrices

Une conférence organisée en février 2006 à Genève réunira pendant deux jours certains noms parmi les plus éminents de la «blogosphère», ce paysage que dessinent les sites d'opinion sur Internet. Récit d'une prouesse.

Robert Sciable est un Uber blogger. Comprendre que, dans la «blogosphère», soit le paysage médiatique que dessinent ces sites web d'information et d'opinion, il est une des voix qui portent le plus loin. Son site (http://scobleizer.wordpress.com) parle principalement de produits Microsoft, l'employeur du blogger. Cory Doctorow, lui, contribue à http://boingboing.net, un des sites sur l'utilisation des nouvelles technologies les plus populaires du Web. Personne ne songerait à lui contester le titre d'Uber blogger à lui non plus.

Robert Sciable et Cory Doctorow ont un autre point en commun: ils seront à Genève les 2 et 3 février 2006 pour la première édition de LIFT.

LIFT? L'acronyme d'une conférence ambitieuse née dans l'esprit de Laurent Haut, un consultant en stratégie internet basé à Genève. Le projet a son origine au Danemark, à l'été 2005. Le jeune homme de 29 ans assiste précisément à une conférence dans laquelle un des chercheurs de Nokia intervient. «Il expliquait que le marché du futur sur lequel se concentre Nokia est la gestion des données personnelles, se rappelle Laurent Haut. Les photos, les films, les messages que l'on échange avec les engins portables créent une masse d'informations qu'il va devenir important de pouvoir stocker. Or à qui voulons-nous confier ces données afin qu'elles soient protégées? A Google, qui ne cache pas qu'il les exploite? Le conférencier affirmait au contraire que ce marché est une opportunité nouvelle pour les banques traditionnelles. Voilà le genre d'idées que j'avais envie de ramener à Genève.» Réunion de bloggers, LIFT se veut une invitation à la discussion autour d'idées qui vont changer notre manière de percevoir le monde.

Laurent Haut, qui venait alors de quitter une banque privée pour créer sa propre structure de conseil, s'arme de l'outil le plus puissant du monde connecté: le courrier électronique. «LIFT a été organisée presque uniquement par mail», sourit-il aujourd'hui.

Premier recrutement: trois personnes sur lesquelles repose également l'organisation de l'événement: Nicolas Nova, doctorant à l'EPFL, spécialiste de l'interaction homme-ordinateur, Steven Ritchey et John Staehli, deux professionnels de la gestion de l'information sur Internet. Aucun n'est payé. Idem pour les intervenants. Le budget de 50 000 francs est couvert en grande partie par les frais d'inscription des participants. L'unique aide financière, le quatuor est allé la trouver à Bâle, auprès de la Fondation Gebert Rüf.

Le premier conférencier à accepter l'invitation du quatuor a été Cory Doctorow, un habitué de Genève, où il vient défendre, au sein de l'Organisation mondiale de la propriété intellectuelle, la vision d'un Internet ouvert, libre et collaboratif.

Ils seront vingt-sept à prendre la parole durant les deux jours de rencontre. Une bonne partie d'entre eux se sont faits connaître comme bloggers: àLIFT, on parlera donc des idées qu'ils développent quotidiennement par les billets qu'ils publient sur le Web.

Prenons Robert Sciable. Son blog, a écrit The Economist, marque «la fin de la communication d'entreprise telle qu'on l'a connue». Son exploit: avoir modifié à lui seul l'image désastreuse que Microsoft a auprès du public. Recruté comme «technical evangelist», le Californien donne quotidiennement son opinion sur les produits conçus par son employeur et par la concurrence. Il est également impitoyable envers l'un comme envers les autres. C'est précisément cette franchise qui lui vaut de jouir d'une audience planétaire. A quoi bon, dans ces conditions, dépenser des millions pour continuer à communiquer de manière traditionnelle?

«Sciable a été de ceux qui ont installé une relation inédite entre une entreprise et ses consommateurs, reprend Laurent Haut. Son expérience touche toutes les firmes.»

Les affaires ne sont pas le seul domaine où les bouleversements liés aux nouvelles technologies seront disséqués. «A Amnesty, au Comité international de la Croix-Rouge, cela fait des années que les technologies liées au Web sont utilisées. Nous voulons entendre des humanitaires nous expliquer cela, dit Nicolas Nova. Dans les banques, les organisations internationales, la science, les jeux vidéo, la région lémanique est pleine de gens qui travaillent quotidiennement dans l'innovation. Nous voulons qu'ils se rencontrent et qu'ils forment un noyau commun.»

Pour plus d'informations: http://www.lift06.org

«Le Temps» est partenaire média de la conférence.

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